La guerre est désormais ouverte à Novi Pazar entre le maire, Sulejman Ugljanin, et le très puissant mufti du Sandjak, Muamer Zukorlic, également président du mesihat de la communauté islamique et recteur de de l’Université internationale de Novi Pazar. Muamer Zukorlic, deux épouses et cinq enfants, n’avait que 23 ans quand il devenu mufti du Sandžak, en 1993.
Par Sladjana Novosel
Le président du mesihat de la Communauté islamique du Sandjak et mufti de Novi Pazar, Muamer Zukorlic, n’a pas été ébranlé par les accusations qui ont volé sur lui durant toute la campagne électorale et les événements qui se produisent depuis la fusillade de dimanche dans un bureau de vote.
Le maire de Novi Pazar, Sulejman Ugljanin, l’accuse de vouloir dominer la ville, et d’avoir « jeté de l’huile sur le feu en répandant de fausses informations ». La Liste pour le Sandžak, la coalition qui soutient Sulejman Ugljanin, a même porté plainte contre le mufti et contre son adjoint, le doyen de la Faculté de théologie islamique Mavlud Dudic.
Les observateurs pensent qu’il s’agit du point culminant du conflit entre le mufti Zukorlic et Sulejman Ugljanin, dont les origines remontent au début des années 1990. Sulejman Ugljanin avait alors essayé de faire passer la Communauté islamique du Sandjak sous sa coupe, ce que le mufti n’avait pas toléré.
Il n’y a guère de représentants officiels nationaux ou étrangers, de passage à Novi Pazar, qui n’aient rendu visite au mufti. Tous les Premiers ministres serbes qui se sont succédés depuis 2000 sont passés dans son cabinet, ainsi que bon nombre de ministres. Dans toutes les discussions, et par d’autres déclarations, le mufti rappelle que la Communauté islamique du Sandžak forme un pont avec les pays musulmans. Les relations de la Serbie avec ces pays se sont d’ailleurs débloquées après la signature d’un protocole d’accord entre la Communauté islamique du Sandžak et le gouvernement.
Quand survint l’éclatement de la Communauté islamique de la Yougoslavie socialiste (SFRJ) en 1993, la Communauté islamique du Sandjak a été formée. Elle est dirigée depuis le départ par Muamer Zukorlic. Cette même année 1993, le reis ul-ulema de Bosnie-Herzégovine, Mustafa Ceric, l’a nommé mufti. Muamer Zukorlic n’avait alors que 23 ans.
Avec ses collaborateurs, il s’est lancé dans un plan ambitieux de construction des infrastructures de la Communauté islamiques du Sandjak, depuis des écoles maternelles jusqu’à l’Université, impliquant aussi la rénovation de vieilles mosquées et la construction de nouvelles, sur la base du droit des biens religieux (vakuf).
Dans le même temps, le mufti a établi de bonnes relations avec les dirigeants politiques de Belgrade, et il a renforcé ses liens avec les pays musulmans. Depuis 2002, le mufti est également recteur de l’Université internationale (privée) de Novi Pazar. Cette Université est un cas unique dans les Balkans, car elle est également placée sous le régime juridique du vakuf.
Muamer Zukorlic est né en 1970 dans le village d’Orlje, commune de Tutin. Il a étudié à la medresa Gazi-Husrev-Beg de Sarajevo, et à la Faculté de droit islamique de Constantine, en Algérie. L’an dernier, il a pris une seconde épouse, en conformité avec le droit de la seriat, ce qui a suscité beaucoup de commentaires. Il a cinq enfants.












