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Le Courrier des Balkans

Solomon and socalled : Hiphopkhasene

Piranha Records, 2003
Sur la Toile :
Mise en ligne : mardi 7 novembre 2006

Musiciens :

The Digitallis Allstars Simcha Band :
Solomon - violon, vilon électrique à 5 cordes, vioara cu goarna (Strohviolin)
Socalled - beats, loops, samples

Invité de marque :
David Krakauer - clarinette

Invités sur HipHopKhasene :
Nik Ammar - guitare, verre de bière
Frank London - Trompette et voix
Michael Alpert - voix, sekund fidl
Josh Dolgin - accordéon, glockenspiel, claviers, piano.
Zev Feldman u.a. - tsimbl
Sol Gunner - basse, violon
Don Headgear - samples en direct
Elaine Hoffman-Watts - batterie
Susan Hoffman-Watts - trompette et voix
MC Dick Van Myke - voix
Philip Shaw Bova - percussions
Smadj - oud
Cantor Sam Weiss - samples vocaux

Par Simon Rico

HiphopKhasene, un nom étrange pour un disque déroutant. Mélange de hip-hop et de klezmer ? Pas si sûr et pas si simple. Difficile de définir le style d’un album aux multiples influences. Du klezmer, une louche de hip hop, un peu d’électro. Agitez le tout, secouez violemment puis écoutez le résultat, convaincant le plus souvent.

Ce clash musical issu de la rencontre entre un DJ canadien exilé à New-York, SoCalled (aka Josh Dolgin) et Sophie Solomon, violoniste britannique qui s’illustre notamment au sein des Oi Va Oi, groupe d’électro londonien. Ces deux personnages, au centre de la nouvelle scène klezmer, n’ont jamais hésité à dérouter leurs auditeurs en incorporant à la base de leur univers musical des éléments extérieurs, afin d’explorer de nouvelles marges. SoCalled mixe depuis toujours des disques klezmer, hip hop et électro en collectionneur avisé mais ne laisse jamais son piano seul trop longtemps. Il est également reconnu en tant que producteur et musicien tandis que Sophie Solomon multiplie les projets les plus improbables sans se préoccuper des étiquettes.

Solomon and SoCalled sont donc deux musiciens, jeunes, fortement marqués par la culture yiddish du fait de leurs origines mais qui refusent de s’en tenir à cet héritage. Ils triturent le klezmer pour n’en conserver que la structure mélodique (vents, cuivres et accordéon) qui marque le mieux l’identité musicale de ce style. Jusqu’à la mettre parfois totalement en valeur, comme dans Electro Taxim, morceau d’une rare intensité. L’originalité de ce disque consiste à remplacer la rythmique attendue par un beat digital entre electro et hip hop, qui dope et transcende un style que l’on pensait figé. Ici, les frontières musicales sont floues et poreuses, traversées et retraversées. Solomon et SoCalled n’hésitent pas à multiplier les expériences pour le plaisir de nos oreilles désorientées, puis séduites. Par exemple quand Michael Alpert, impose son rap en yiddish, sans passer pour le rigolo du coin qui s’essaie au micro.

Ne nous trompons pas, ce n’est à un ersatz de musique folklorique revu à la sauce boîte à rythme commerciale, façon tubes de club. Non, là nous n’y sommes pas, mais alors pas du tout. Il suffit d’ouvrir le livret pour constater que les invités sur ce disque - David Krakauer (clarinette) et Frank London (trompette) en tête - font partie de la crème des musiciens à l’origine du renouveau de la musique juive traditionnelle. Ce qui nous vaut une qualité d’interprétation de haute voltige. Les standards revus et corrigés ne déméritent pas, loin s’en faut. Lorsque la caisse claire et les cymbales cèdent leur place à une rythmique digitale, ce n’est pas pour des questions de facilité ou de budget limité mais pour mettre en valeur l’identité protéiforme de cette musique en perpétuel renouvellement.

Un tel disque a (forcément) ses défauts. Certains morceaux traînent en longueur, du fait de l’utilisation à outrance des procédés inhérents aux musiques électroniques et au hip-hop : samples vocaux repris en boucle jusqu’à l’agacement, beats trop répétitifs, scratches usés jusqu’à la corde. Heureusement, ce n’est le cas que sur de rares morceaux, comme Headphones, au beat plus ordinaire, plus commercial, que le reste de l’album. Ne boudons pas notre plaisir pour autant et sachons apprécier une œuvre originale, expérimentale, qui ose s’aventurer sur des sentiers inexplorés, où l’on a le droit et même le devoir, de s’égarer.

La juxtaposition de parties musicales et d’échantillons sonores aux sources disparates (films, chanson française, électro, culture yiddish) nous émeut à l’image de la musique juive traditionnelle. Solomon and SoCalled nous proposent un disque dans lequel l’humour est essentiel, mais où la mélancolie a toujours sa place. Du klezmer adapté aux musiques actuelles ou des musiques actuelles revues à la mode klezmer ? on ne sait jamais dans quel sens s’oriente ce mix. Ce qui est certain, c’est que l’on ne se lasse pas de cet ovni qui satisfera l’oreille des amateurs de musique « world » comme ceux d’électro pour peu que chacun soit prêt à laisser de côté ses références habituelles.

Retrouvez le mix des Balkans sur le site Jajaclub.net

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