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Parijki Vesti
Bulgarie : les manuscrits ne brûlent pas
Traduit par Mariana Chirova-Simmandrée
Publié dans la presse : 24 novembre 2006
Mise en ligne : samedi 2 décembre 2006
Sur la Toile

L’empoisonnement d’Alexandre Litvinenko rappelle de mauvais souvenir aux Bulgares. Formant un véritable nœud de relations d’interdépendance et d’entraide, anciens flics et « barbouzes » des services secrets communistes, divers trafiquants, bandits de tous poils, criminels et assassins contrôlent des postes clefs dans la fonction publique. Selon une vieille tradition, ces gens s’identifient à l’Etat...

Par Atanas Tchobanov

« Une Volga s’arrête brusquement, et la Jeep de luxe qui roule derrière elle, lui rentre dedans. Suite au choc violent, tout l’avant de la 4x4 est bousillé. Un fusil à pompe à la main, un maffioso balèze sort de la Jeep et se met à cogner dur avec la crosse sur la vitre arrière de la Volga. De l’intérieur, on baisse la vitre de la portière et là, surprise : la Volgatransporte un colonel du FSB. Le maffioso sursaute : « Oh, camaradecolonel, fait-il, je frappe, je frappe, vous n’ouvrez pas la portière. Je voulais seulement vous demander où je dois livrer le pognon ».

Pour les témoins du passage du communisme au capitalisme, cette blague est « définitive », comme l’a récemment écrit Pelevine. Mais combien d’assassinats et d’empoisonnements faut-il encore pour que l’Occident se rende compte de la sinistre vérité qu’elle exprime ? »

De même, sous le vernis européen qui recouvre depuis peu l’image flambant neuve de la Bulgarie, on entrevoit, hélas, des visages laids de démons pas si nouveaux que ça. Formant un véritable nœud de relations d’interdépendance et d’entraide, anciens flics et « barbouzes » des services secrets communistes, divers trafiquants, bandits de tous poils, criminels et assassins contrôlent des postes clefs dans la fonction publique. Selon une vieille tradition, ces gens s’identifient à l’Etat ; ils stigmatisent les tentatives de dire à haute voix la vérité sur leurs sales oeuvres ; forts de leurs perversion et hypocrisie, ils déclarent que de telles tentatives ne sont qu’une haute trahison. Mais ces gens-là ne représentent pas la Bulgarie, pas plus que le FSB et les clans criminels ne sont la Russie.

« Les salauds m’ont liquidé, mais ils ne pourront pas liquider tout le monde », a dit Litvinenko avant que son cœur cesse de battre. Dans les dernières paroles d’un homme écrasé par la souffrance, il y a de l’espoir. L’espoir que tôt ou tard, la vérité verra le jour. La Bulgarie n’en fera pas exception en dépit du fait qu’une partie substantielle des archives des services secrets communistes est détruite, et l’archiviste n°1 des Renseignements bulgares, suicidé. Mais la Bulgarie n’en fera pas exception uniquement à condition que nous ne cédions pas au silence et à la peur. Et que nous soyons solidaires.

Voici une belle occasion de faire un acte de solidarité : le livre documentaire Tuez le « Vagabond », écrit par le journaliste Christo Christov et dévoilant les secrets de l’assassinat de l’écrivain Georgi Markov par les services de sécurité bulgares et soviétiques, cherche ses éditeurs en France et en Grande-Bretagne. L’équipe de Nouvelles de Paris fait appel à tous ceux qui ne craignent pas la pensée libre, qu’ils soient Bulgares à l’étranger ou amis français et anglais de la Bulgarie : que tout un chacun qui désire et peut aider à la publication financièrement, par ses relations ou d’une autre manière, contacte la rédaction. Ensemble, donnons une chance à l’espoir de laisser à nos enfants et petits-enfants un monde sans démons.

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