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Vreme
Ruzica Djindjic, une veuve de choc à la tête des démocrates serbes
Traduit par les étudiants du Département de français de l’Université de Niksic
Publié dans la presse : 23 novembre 2006
Mise en ligne : mercredi 13 décembre 2006
Sur la Toile

Veuve de Zoran Djindjic, Ruzica va conduire la liste du Parti démocratique (DS) aux élections législatives du 21 janvier 2007. Pourtant, elle affirme ne pas vouloir s’engager en politique et préférer se consacrer à ses enfants. Portrait d’une femme que beaucoup considèrent comme la « Jackie Kennedy serbe ».

Par Dragoslav Grujic

Fiche d’identité :
Née le 25 février 1960 dans le village de Popocke, près de Valjevo.
Diplômée de la Faculté de droit de Novi Sad.
Veuve de Zoran Djindjic, Premier ministre assassiné le 12 mars 2003, et mère de deux enfants, Jovana (16 ans) et Luka (13 ans).

Une femme engagée

Entre 1985 et 1988, elle travaille dans le Secteur des affaires juridiques de la Communauté littéraire de Novi Sad. Après son mariage avec Zoran Djindjic, elle abandonne son travail pour se consacrer à ses enfants et à son mari.

Depuis 2001, elle est fondatrice et présidente de l’association « Les enfants d’abord », où elle s’est engagée dans des activités de protection et d’éducation des enfants orphelins. Depuis 2003, elle est présidente du Comité de direction du Fonds « Dr Zoran Djindjic », fondé pour perfectionner aux sciences sociales des étudiants et de jeunes professionnels. Cette démarche vise à consolider la démocratie et la culture politique de la société serbe. Elle est actuellement engagée dans le domaine humanitaire et elle est présidente du Conseil de la manifestation internationale des enfants, « La joie de l’Europe ».

Sa carrière politique

Elle est membre du Comité de direction du Parti démocratique (DS) depuis 2003, et présidente du Forum des femmes depuis 2004. Elle est devenue membre de la présidence du DS en mars 2006 en expliquant à ce moment-là qu’elle ne voulait pas faire de la politique auparavant : « Pendant mes études, je m’intéressais à la politique, mais il était impossible que les deux époux s’en occupent. Puisque j’ai pensé que mon mari le faisait mieux que moi, je lui ai laissé ce domaine ».

Ses prix

Elle a gagné le prix « Conquête de la liberté » en 2004, décerné par le Fonds « Maja Marsicevic-Tasic ». Ce prix est attribué aux femmes qui consacrent leurs vies à « la conquête de la liberté ». Elle est également citoyenne d’honneur de la ville de Dimitrovgrad depuis septembre 2006. Elle a aussi gagné le prix pour le progrès des relations internationales attribué par la communauté roumaine de Voïvodine.

En août 2006, dans un sondage du journal Blic, elle était élue « Première ministre du gouvernement virtuel des femmes de Serbie ». « Cette élection m’a vraiment émue. Je la vois comme un hommage de plus rendu à mon mari, puisque je sais que c’est mon nom de famille qui motive ce soutien citoyen. J’ai appris et compris beaucoup de choses avec Zoran, ses ambitions, ses idées et ses visions. J’ai tissé de nombreux liens dans le pays et à l’étranger, des liens que je maintiens toujours aujourd’hui.

La rencontre avec Zoran Djindjic

« Nous nous sommes connus à la promotion de son livre « Yougoslavie, un pays inachevé ». J’ai reconnu dans ses yeux la pureté morale qu’il essayait, pour qu’on ne le devine pas, de cacher par sa confiance en lui, son arrogance, sa fierté et son érudition. Il était transparent, si transparent qu’il devait constamment se défendre pour ne pas se dévoiler dans ce monde cruel et corrompu. Les puristes, les altruistes et les humanistes sont toujours en péril car ils sont, pour beaucoup, des dangers. C’est pourquoi ils cherchent à les salir, pour en faire leurs semblables. Zoran le comprenait, il était forcé de défendre son innocence avec un cynisme feint ».

« Je sais qu’après son retour d’Allemagne où il avait soutenu sa thèse de doctorat, il était courtisé par beaucoup de femmes belles et intelligentes. Il est bien probable qu’un monde se soit écroulé pour ces femmes quand il m’a épousée. »

« Il m’a choisie, une femme anonyme et inconnue que personne n’avait jamais rencontrée. Il n’était évidemment pas un homme de clichés et de préjugés, mais un homme moderne. Dans tout ce qu’il faisait, il suivait ses sentiments sans faire attention à ce que les autres en pensaient. »

« Je ne pouvais être qu’honorée par le fait qu’il ait reconnu en moi quelque chose d’exceptionnel. Il m’a choisie pour être sa femme et m’a présentée aux cercles culturels, politiques et intellectuels de Belgrade, que je ne connaissais que des journaux. »

Après le drame

« Nous sommes restés seuls, nous trois, et tous nos soi-disant amis nous ont fuis. Ils ne s’approchaient de nous que comme des ombres. C’est la nouvelle de sa mort qui les a définitivement rendus célèbres. Moi, j’ai dû expliquer l’importance de notre destinée à mes enfants. Que deviendra notre pays, je ne le sais pas, mais je lui souhaite bonne chance. Ce n’est plus mon souci. Que les autres se posent un peu la question. Les étrangers s’adressaient à moi avec beaucoup plus de sympathie. Collin Powell m’a rendu une visite privée, le premier ministre autrichien Wolfgang Schiesel s’est comporté avec nous en grand ami. Il m’avait offert de me loger avec les enfants en Autriche tant que ma sécurité était menacée. »

La Jackie Kennedy serbe ?

« Je fonds en larmes chaque fois qu’ils font cette comparaison. Il n’est pas suffisant qu’ils aient tué mon mari, ils ont continué jour après jour à le massacrer après sa mort. De quelle manière pourrais-je réprimer et arrêter cette poursuite sanglante qui ne se calme pas depuis un an ? C’est pourquoi je ne suis pas comme Jackie Kennedy, même si je le serais peut-être dans un pays normal et civilisé. Si la Serbie comprenait qui était vraiment Zoran Djindjic et qui l’a sacrifié, mon sort n’aurait aucune importance. Un mois après l’attentat, personne ne se souvenait plus de moi, personne ne me demandait comment j’allais. Je resterai fièrement Ruzica Djindjic même si tout le monde renonçait à lui ! Tous les autres doivent se poser la question. L’espoir que quelque chose puisse changer et avancer en Serbie a été temporairement tué avec lui. »

En 2004, Ruzica a annoncé qu’elle ne voulait pas accepter la candidature au poste du Maire de Belgrade. « Pour l’instant, je ne veux pas accepter, c’est la décision familiale. Mes enfants sont encore petits, ils ont onze et quatorze ans, nous vivons dans une famille sans père et ils attendent que leur mère soit avec eux. » Elle a ajouté que le DS pouvait compter sur elle et a annoncé qu’elle ne voulait pas de fonction publique mais seulement rester dans le parti. Pour ces enfants, elle a refusé d’être vice-présidente du DS en 2005.

Aux journalistes qui lui demandaient si cette décision scellait son avenir politique, Ruzica Djindjic a répondu : « Qui sait ? Cela ne veut pas dire que les circonstances ne changeront pas et que je n’accepterai pas un poste plus sérieux dans le parti à l’avenir. Peut-être dans 3 ans ou un peu plus tard. En ce moment, c’est ma décision définitive. Peut-être un jour prendrai-je la décision de choisir la politique. En tout cas, ce n’est pas le moment. »

Pourquoi a-t-elle alors accepté d’être la numéro un sur la liste électorale du DS ?

« J’y suis incitée par tout ce qui s’est passé et ce qui va se passer au cours de la compétition électorale. C’est le future développement de la Serbie qui est en jeu : aura-t-elle un développement démocratique ou sera-t-elle arrêtée sur la voie que mon mari avait souhaité ? ».

Une future vie politique ?

« Cela dépendra du parti et des circonstances familiales, mais pour moi cela n’a pas beaucoup d’importance. Je sens avant tout une obligation morale envers le parti, sans aucun désir de privilèges. J’espère que je l’ai prouvé aux citoyens quand je ne voulais pas présenter ma candidature de vice-présidente du DS. »

« Il faut être tolérant, car mon mari a été tué par l’intolérance de l’opinion politique. J’envoie un autre message : je ne suis pas une femme qui déteste, je n’ai pas envie de me venger, il nous faut d’autres valeurs, c’est la seule manière de construire une Serbie moderne et européenne. »

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