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Pedja D’Boy, « rocker intergalactique » né en Serbie voilà 56 ans, revient à Belgrade après 20 ans d’exil. Auteur du hit Yugoslovenka en 1984, il chante aujourd’hui Kosovo Devojko : sa « voisine du Kosovo ». « Good time, good vibes ! Sweet girls, good price. Belgrade is a winter paradise ! »
Never ending party
Pour l’ambiance, faites appel à Pedja. Hippie à Ibiza, idole new wave en ex-Yougoslavie, clubber à Londres, Paris, Berlin, phénix des soirées de la jet-set entre Nice et Monaco. Pedja D’Boy est partout chez lui. À 56 ans, il fait son come-back et chante Kosovo Devojko : un hommage à sa petite copine de toujours, la voisine du Kosovo.
Notre rencontre a lieu à Belgrade, fin 2006. Pedja D’Boy gare sa Coccinelle cabriolet 79. Le volant est à droite. La voiture, immatriculée en Grande-Bretagne. Souvenir d’un milliardaire anglais, elle vient de la Côte d’Azur.
À 56 ans, l’oiseau de nuit porte beau : feutre et pardessus noirs, chemise blanche sur jean délavé, bottes en python hors d’âge, qui semblent n’avoir jamais mordu la poussière. Il a le visage sioux, les yeux bleu horizon et des cheveux blancs « devenus gris ». Il aime donner son temps « comme un cadeau ».
Premiers pas
Krusevac , sud de la Serbie, novembre 1962. À la fête du Parti, on organise un concours de chant. Du haut du podium, l’animateur lance des boulettes de papier au public. L’une d’elles atterrit aux pieds de Pedja. Il a douze ans. Timide, il monte sur la scène, entonne une rengaine : « L’Amour du Printemps ». Et rafle le gros lot, un sachet de bonbons. Il s’en souviendra.
Il étudie la musique. Le voici accro à la guitare, scotché aux matinées du dimanche de Radio Luxembourg. Il chante alors à la Maison du Peuple. Avec ses copains, il reprend Be my Baby et fonde un groupe au nom prémonitoire, Lutaluce, les gens du voyage. Piano, contrebasse, ils enchaînent les standards.
Sur la route. À dix-sept ans, il est « interdit » de service militaire : « Trop jeune, pas de place. » Profitant d’une « excursion à Moscou », il s’arrange pour faire renouveler son passeport - et file à Ibiza. Il entame alors un tour d’Europe en auto-stop. Baragouine l’anglais, l’allemand, le français, l’italien, l’espagnol. Et vend des strings en chamois cousus main aux babas cool, ébaubis.
En mai 68, il fait escale à Paris, mais ne s’y attarde pas. Trop de CRS. En revanche, il posera son sac à Berlin : « Berlin un jour, Berlin un an :Ich bin ein Berliner ! »
Quand les autorités militaires yougoslaves le rappellent, il se la joue forte tête. Met son mental à l’épreuve et s’affame volontairement. Il ne pèse que 52 kilos pour 1 mètre 74. Sa dégaine de hippie - manteau de fourrure et chapeau noir mexicain - le fait passer pour un junkie. Il en rajoute dans le rôle du camé, simule le manque, et gueule comme un taré parce qu’il crève la dalle : « Ils m’ont foutu dehors ! »
De retour à Ibiza, Pedja baise la terre.
Il célèbre Noël en Inde. S’éclate à Goa, fait un trip à Bombay. Rupture avec sa petite amie, défoncée à l’héroïne : « Un lien mortel. »
Premier bilan. La musique le titille. À Ibiza, il vend des bijoux toc. Un jour, trois malabars débarquent dans son échoppe et lui achètent un lot de perles. « Une heure plus tard, je suis sur ma bécane, j’attends que le feu passe au vert. Trois motards s’arrêtent à ma hauteur. Chevelus, costauds : je reconnais les gars. Ils m’invitent chez eux à fumer un joint, à boire le thé. »
Ce sont les musiciens de Jane, groupe-culte de Hanovre, à la recherche d’un second souffle. « Devant la villa, des Porsche, des Mercedes. On me fait entrer dans le salon. Des instruments partout ! Je demande si je peux frotter la guitare... Deux chansons. Ça plaît aux gars. Six mois après, ils reviennent à Ibiza, me proposent d’intégrer le groupe, à condition de plier boutique ! »
>Ils enregistrent Jane (l’album) en 1981. Pedja écrit les paroles, il est à la guitare et au micro. Succès fulgurant : numéro 1 en Angleterre, Love your Life caracole au top des hits.
Mais vite, les relations du groupe se dégradent. Pedja y laisse des plumes.
Retour à Ibiza.
Soirées hard au Scandal, un bar qu’il chauffe avec une poignée de musiciens anglais et australiens. Il y rencontre un producteur,veut partir à Londres, mais se voit repoussé à la frontière pour une affaire de visa. Il redescend à Paris, « tête basse ».
Sa mère, Mila, une légende du folk, y tient un restaurant. Elle lui conseille alors de retourner au pays. Il prend un aller. Et le regrette aussitôt, se dit qu’il est « tombé de la lune ». À Belgrade il est un inconnu, il fréquente les centres culturels, fraie avec les étudiants. Après un concert, ils sont une trentaine à échouer dans un deux-pièces : « Rien à boire, rien à fumer. »
Pedja ouvre grand ses portes : « Dorénavant, ce sera la fête tous les jours ! » De l’herbe, du whisky, des nanas à gogo. Avec un pote, il bricole des sons sur une boîte à rythmes. Ils jouent « pour le fun » et clament : « We are D’Boys ! » Leur formation s’enrichit de deux guitares. Ils font la tournée des boîtes de nuit en vedette américaine. Le Théâtre 101, à Zagreb, les repère, leur fait signer un contrat.
En 1983, Ajd’ Se Zezamo ! (Sésame, ouvre-toi !) est consacré disque d’or. L’album a été écrit avec la parolière Marina Tucakovic ; - « autour d’un vermouth ».
Propulsé star, Pedja promène ses mèches multicolores, et mutant mâtiné de David Bowie et de Billy Idol, fait sensation à Belgrade. Un extraterrestre dans la Yougoslavie de l’après-Tito.
Muvanje (la bougeotte) sort en 1984. On y trouve des hits comme Snezana,la fille-neige, et Yugoslovenka, la fille de Yougoslavie. Guitares, boîte à rythmes, voix. Plongée dans un phantasme : sur la plage, une « jolie sirène » met les pingouins en nage. « Elle a seulement dix-sept ans. Et pourtant elle est intouchable ». Un ange de beauté, hyper-nombriliste,cheveux peroxydés : « la vraie Yougoslave » années 80...
Un dernier vinyle, Avantura, conclut un parcours sans flop. Pedja amorce la descente en solo. quand le « vide » le saisit. Il flippe, devient claustro. Et prend le large au volant de sa bagnole - « une Chevrolet Impala » - direction Paris. Il crèche au resto maternel, fait la plonge... « Tout, mais pas de musique ! »
Sa femme le rejoint. Ils vont dans le Midi, ouvrent boutique à Nice. Pedja, qui n’est plus une vedette, broie du noir. Il a le sentiment de « se disperser ». Il finit par jeter l’éponge et dégringole au trente-sixième dessous. « Les musiciens, s’excuse-t-il, sont de grands sentimentaux. »
1991. La guerre éclate en Yougoslavie. Pedja veut rentrer à Belgrade mais - « Faut-il vraiment parler de cet épisode ? » - se fait pincer pour une « bêtise de trop » : 1000 comprimés d’ecstasy que les gabelous découvrent dans ses bagages. La pilule est amère.
Six mois au gnouf : « Ça m’a sauvé la vie ! » Il s’y refait une santé. Se met à la gym. Reprend le dessin. Ses compagnons de cellule lui apportent des photos de leur fiancée. En échange de tabac, de café, il crayonne des portraits de femmes de prisonniers, « en commençant toujours par les yeux ».
Libéré, il entreprend la tournée des clubs. S’offre un Mac G4. et le contemple un an, « sans y toucher ».« Pedja D’Boy, party doctor ». Le temps passe. La bise venue, Pedja rallie le Sud. Nice, Monaco. L’artiste y a ses entrées : rien que du beau linge, people et stars du showbiz, avec qui il pince la guitare...
Il triture logiciel et séquenceur (LOGIC + REASON) et finit par trouver sa formule. Saltimbanque de luxe, « Pedja D’Boy » devient la coqueluche des soirées folles d’un magnat anglais de l’immobilier.
« La ville du futur. »
En septembre 2005, Belgrade s’impose une fois de plus à lui. Il décide d’y passer « trois semaines pour voir. » Il y migrera, y bâtira son nid. Depuis, il bidule des trucs, se produit lors de happenings, fait la tournée des radios et des télés.
Un oiseau de paradis en hiver. Ce soir, il mettra le feu aux poudres à la Belgrade Neverending Party, un événement haut en couleur qui réunit des artistes de tous poils . Deux filles y font leur entrée choc. Déluge de flashs. Elles posent devant leurs toiles néo-pop, tendance macho, avec éclat et panache. Plus sobre, un photographe de Playboy présente sa mono en noir et blanc de beautés aux seins nus.
Parmi la faune, on aperçoit Ceda Jovanovic ; (34 ans) du Parti Libéral Démocratique.
Une activiste qui distribue des pin’s nous harponne : « C’est la Journée mondiale de l’orgasme ! » Déflagration de musique. Boîte à rythmes et ligne de basse à fond les manettes, Pedja D’Boy s’envoie en l’air : « NEVER-NEVER-NE-BE-BE-BE. AAAAA-AAAA-AAAA-AAAAA. »
Les filles de Belgrade, elles, danseront « du matin jusqu’à l’aube ». Et si elles dansent, dixit Pedja, c’est parce qu’elles sont nées ici, au confluent du Danube et de la Sava, où « les requins plongent dans la rivière. »
Dans son dernier CD, Kosovo Devojko, Pedja D’Boy chante sa voisine du Kosovo. Ils ont grandi sur les mêmes bancs. Et puis « le mur des religions », la ghettoïsation, l’embargo, « la stupidité de la guerre, cette folie » les ont séparés. « Blesser, soigner, détruire, construire et rebondir. Laissez-nous souffler ! » Si la voix est grave, la musique « éclaire les visages ». Des accords de guitare rappellent « l’espoir de jours nouveaux ».
Un album qui « s’adresse à tous », sur un son « ethno-oriental ». Pedja y chante aussi en anglais et en français.
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Il faut se quitter. Une jolie sirène (d’un mois à peine) le réclame. Pedja D’Boy « adore » les filles. Et la vie. Qui le lui rendent bien.













