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Une position bulgare sur le Kosovo : des souvenirs sans avenir ou un avenir sans souvenirs ?
Mise en ligne : lundi 16 avril 2007

Par Bobi Bobev [1]

Il faut rappeler le fait incontestable que le Kosovo n’a jamais existé par la passé en tant que territoire géographique délimité entre ses frontières actuelles, le tracé de celles-ci n’a été établi que sous la Yougoslavie de Tito, en 1945. Une autre des thèses fondamentales serbes est pareillement sans fondement, à savoir que le Kosovo aurait de tous temps été serbe, qu’il serait le berceau de l’orthodoxie, la « Jérusalem serbe », qu’au Moyen Âge les Serbes auraient représenté la majorité écrasante dans la région, et que les Albanais ne seraient apparus qu’à partir des XVI-XVIIe siècles. En réalité, les territoires albanais ont été inclus dans les confins de plusieurs autres États au Moyen Âge, sans que cela entraîne de quelconques prétentions. Il est incontestable que des Serbes ont vécu au Kosovo, mais il n’est aucun moyen d’apprécier sa composition ethnique au Moyen Âge. La thèse de la « majorité écrasante » n’est ni plus, ni moins que le décalque de la thèse albanaise, et est pareillement inexacte. Pour ce qui concerne le patriarcat de Pec, celui-ci a été établi dans cette ville ni plus ni moins parce que le siège de cette institution religieuse en Serbie centrale a brûlé. C’est ainsi qu’un incendie au monastère de Zica au Moyen Âge entraîne la création de mythes historiques et politiques. À mon sens, la démarche historiographique et les tentatives pour imposer un quelconque « droit historique » dans la prise de décisions politiques au début du XXIe siècle sont vaines et ne font qu’aggraver le problème. Du fait que le centre de l’archevêché de saint Clément est situé dans la ville albanaise de Berat, du fait qu’il s’est trouvé sur le territoire des notre État pendant plus d’un siècle, du fait que les reliques de saint Gorazd et saint Angelarij s’y trouvent, - faudrait-il qu’aujourd’hui la Bulgarie mette en avant des prétentions territoriales ? (...)

La violence est une tradition tenace dans la région. Entre 1919 et 1921, une documentation irréfutable atteste un véritable génocide et une purification ethnique menés par les Serbes, avec 30 000 personnes assassinées au bas mot et beaucoup de personnes déplacées de force en Albanie, parfois par villages entiers. Pendant l’entre-deux-guerres, outre les méthodes de colonisation et déportation susmentionnées, l’on a aussi affaire à des tentatives de changement de noms forcé.

Après la paix de Dayton, Belgrade concentre toutes ses ressources sur le Kosovo, et à partir de 1995 commencent les événements bien connus de violences et « purifications ethniques », qui atteignent leur paroxysme en 1998-1999 et provoquent l’ingérence de la communauté internationale. Loin de moi l’intention de répéter le triste récit de dernière guerre balkanique du XXe siècle, ayant entraîné des événements tragiques pour les Albanais comme pour les Serbes. Bien entendu, le facteur international est d’une importance capitale : aujourd’hui comme alors, la position bulgare est mérite d’être considérée, mais c’est un autre sujet. Tout l’intérêt, c’est que l’on tire les bonnes conclusions du dernier conflit en date, afin que celui-ci ne se répète plus. En effet, aussi bien les Albanais que les Serbes doivent comprendre qu’il vaut mieux avoir un avenir sans souvenirs déformés plutôt que de vivre avec des souvenirs sans fondement, mais dans un cercle vicieux et sans avenir.

(Ce texte a précédement paru dans le quotidien Dnevnik de Sofia, le 29 mars 2007.)

[1] docteur en histoire, ancien ambassadeur bulgare en Albanie (1998-2006)

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