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Le courrier de la Bosnie-Herzégovine
Thierry Joubert, aventurier, amoureux de la nature et de la Bosnie
Par Asja Hadzismajlovic
Mise en ligne : lundi 23 avril 2007
Sur la Toile

Humaniste et co-fondateur de Green Visions, Thierry Joubert fait partie des aventuriers venus en mission humanitaire durant la guerre de Bosnie. Sauf qu’il a décidé de s’y installer pour de bon. D’origine hollandaise, il parle maintenant couramment la langue locale, et vante les beautés naturelles et culturelles de son nouveau pays : la Bosnie-Herzégovine. Directeur de la première organisation d’écotourisme du pays, Thierry veut développer une forme de tourisme responsable

« Pour un si petit pays (52 000m²), la variété géographique de la Bosnie-Herzégovine est impressionnante ! Les paysages y changent fréquemment, des hautes chaînes de montagne aux vertes collines, des forêts vierges aux plaines du nord, jusqu’au désert de pierres de l’Herzégovine : un vrai régal ! Les Alpes Dinariques séparent le climat méditerranéen très sec de l’Herzégovine du climat continental, froid et mouillé. C’est peut-être grâce à cette rencontre climatique que la Bosnie compte presque 350 000 espèces de plantes différentes, dont environ 130 d’espèces de plantes endémiques. Puisque les hôtels de masses s’y font encore rares, les touristes peuvent profiter d’expériences authentiques, et goûter encore un peu à la vieille Europe. En effet, il reste des endroits vierges, encore peu exploités par l’homme, nous permettant de retrouver un sentiment d’isolement relatif : seul avec la nature. Mais surtout, n’oublions pas l’hospitalité. La civilisation moderne s’est tellement éloignée de la chaleur humaine, que souvent les touristes quittent le pays convaincus que la gentillesse des Bosniens est ‘organisée’, comme une sorte de pièce de théâtre. Difficile de leur expliquer qu’ici, c’est culturel de fonctionner de la sorte : naturel, chaleureux et accueillant. »

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PERUCICA
Une forêt vierge dans le parc national de Sutjeska
©Sebastien Vénuat


Amoureux de la nature, il ose, même pendant la guerre, se balader dans les montagnes avec ses amis. L’absence de montagnes dans son pays d’origine explique peut-être son audace. Comme il le dit souvent, c’est le destin qui l’a dirigé vers la Bosnie-Herzégovine : « J’avais toujours voulu m’impliquer dans le développement, dans l’humanitaire et j’ai vu une petite annonce dans un journal en Hollande. L’organisation Suncokret, fondée par des étudiants hollandais, bosniens et croates, cherchait des bénévoles pour travailler avec des enfants dans des camps de réfugiés en Croatie et en Bosnie. Quand je suis venu dans les Balkans, il était prévu que je n’y reste que trois semaines, mais au fond, je savais que j’allais rester beaucoup plus longtemps. »

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Thierry Joubert
En action en plein hiver dans les Alpes Dinariques de la Bosnie
©Sebastien Vénuat


Il a tout quitté, son appartement en Hollande et son travail à Greenpeace, pour venir s’installer pendant la guerre dans les Balkans. Il a d’abord travaillé comme bénévole puis il a ouvert des bureaux pour Suncokret à Split et à Mostar. L’organisation collaborait avec 22 camps qui se trouvaient dans les zones du pays qui n’étaient pas touchées par le conflit.

« Parmi nous, on comptait aussi bien des volontaires locaux que des internationaux venus du monde entier. Notre rôle principal était de mener des activités psychosociales, éducatives et créatives pour les enfants. »

Après le conflit, il n’arrive pas à quitter le pays. Il parle déjà couramment le bosnien qu’il a appris sur le terrain. Et il commence à s’attacher à l’endroit. En 1995, il commence à travailler pour l’organisation hollandaise Save the Children à Tuzla, Zenica, et Sarajevo. Avec eux, il crée plusieurs maternelles à travers le pays.

Le tout nouveau pays est en transition, et Thierry se cherche encore professionnellement. En effet, comme beaucoup de jeunes, il a tout essayé : études de médecine, diplôme en marketing, pèlerinage en Afrique. Dans la Bosnie d’après guerre, il développe des softwares pour le gouvernement et encourage les jeunes bosniens à se lancer. Cette expérience dans les Balkans lui permet de se retrouver, mais aussi de bien connaître le pays et de l’adopter comme le sien. « J’ai habité à Bijeljina, Banja Luka et Tuzla, ce qui m’a permis de découvrir encore plus le pays. Par contre je n’étais pas encore complètement satisfait », avoue Thierry.

Sa passion : marcher dans la montagne. La Bosnie, l’endroit idéal. Depuis longtemps, il rêvait de faire plus pour ce pays, dont l’héritage culturel et naturel l’inspirait énormément. Il avait déjà rencontré Tim Clancy, l’écrivain américain co-fondateur de Green Visions pendant le conflit, dans des camps de réfugies. Ils avaient à l’époque envisagé de futures collaborations.

« Notre idée pour Green Visions s’est concrétisée en 1998. J’ai rencontré des partenaires locaux dans la montagne. Entre amis, nous sommes allés faire un voyage en ski jusqu’au village le plus haut de la Bosnie, Lukomir, dans la montagne olympique de Bjelasnica et nous avons parlé avec les villageois. Ils se plaignaient que les villages traditionnels de la région étaient menacés de disparition, et qu’il n’y existait pas d’économie locale. Les potentiels de développement d’écotourisme étaient flagrants, et après ce week-end à Lukomir, nous avons enfin mis nos idées sur papier. Un de nos partenaires locaux, Alen Lepirica, géographe, montagnard et écologiste actif, nous a aidés à concevoir les premiers parcours de Green Visions. Et c’est comme ça que Green Visions a offert ses premières randonnées en Août 2000. »

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LUKOMIR
Une vie encore traditionnelle dans le plus haut village de la montagne Bjelasnica
©Sebastien Vénuat


Le lancement de Green Visions s’est réalisé peu de temps après, en novembre, avec trois partenaires internationaux : Tim Clancy, Darin Spurgeon et Thierry Jourbet et deux partenaires locaux, Anes Podic et Alen Lepirica. C’est comme ça qu’est née la première organisation du genre en Bosnie-Herzégovine.

« Green Visions est un business social, puisque nous avons une mission de développement durable et de protection de l’environnement. Ce n’est pas seulement la première organisation pour la promotion de l’écotourisme en Bosnie, c’est aussi une manière innovante d’organiser une entreprise de façon presque tribale. Nous voulons rester créatifs, afin que chaque membre de la ‘tribu’ se sente libre d’exprimer ses idées et ainsi de contribuer à l’évolution de l’organisme. Un de nos buts, c’est la collaboration avec les communautés, en les encourageant à se développer de façon durable, tout en les incluant dans le processus de développement de nos programmes. Nous restons ouverts aux visions des autres. »

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En randonnée avec Green Visions
©Sebastien Vénuat


Qu’est ce l’écotourisme pour Thierry ? Un tourisme qui ne se réalise pas à tout prix. « C’est un genre de tourisme qui prend en compte des aspects comme l’environnement, la structure sociale, l’économie, et qui essaie de créer des profits économiques pour les communautés, tout en évitant de détruire, d’anéantir ou de nuire aux ressources naturelles du pays Il faut créer quelque chose de durable et de responsable. Ce genre de tourisme peut avoir un effet positif sur l’économie de la Bosnie puisque le client laisse de l’argent derrière lui chez les communautés, en achetant des produits artisanaux ou en payant la nourriture et le logement directement aux familles. Il y a plusieurs dimensions à l’écotourisme. Moi je ne vois pas seulement le produit (le voyage de 10 jours) mais aussi des rencontres fréquentes avec les communautés pour voir comment elles aimeraient développer leurs régions et leurs produits. Il faut les inclure dans le processus, et les sensibiliser aux possibilités et aux limites du projet. C’est important de rester conscient des impacts sur l’environnement : par exemple, faire attention de ne pas brûler plus de bois qu’il n’en faut afin d’héberger les gens, économiser l’eau, gérer l’augmentation de déchets, etc. ».

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ARTISANAT DE LUKOMIR
Des chaussettes faites à la main avec la laine de mouton du village.
©Sebastien Vénuat


Selon Thierry, un des plus grands obstacles, c’est le manque d’expérience des Bosniens dans le domaine de l’écotourisme. Il faut éduquer les communautés, les guides locaux et surtout les jeunes. Il est important de les sensibiliser à la richesse naturelle de leur propre pays, et aux problèmes environnementaux. « En effet, les jeunes ne se baladent pas souvent dans la montagne. Les anciennes générations, oui. Nous les croisons souvent sur les chemins de randonnées. Avant la guerre, il existait beaucoup de club de montagne. »

L’image de la Bosnie-Herzégovine, un pays de guerre encore dangereux et miné, n’aide pas à attirer les touristes. Mais cela est en train de changer. De plus en plus d’étrangers viennent en Bosnie pour visiter la nature. « Depuis 2000, il y a de plus en plus d’argent investi dans le développement du tourisme et la protection de l’environnement. Les vols sont plus fréquents, et les livres sur la Bosnie-Herzégovine sont plus positifs. Les grandes compagnies mondiales de tourisme responsable, comme Exodus et Eastern Trecker, commencent à investir dans le pays. Tout ceci montre bien que les touristes sont de plus en plus intéressés. Il faut maintenant faire attention à l’environnement ! C’est surtout les locaux qu’il faut sensibiliser, même s’il n’est pas toujours évident de changer toute une mentalité » dit-il avec optimisme.

Quand on lui demande pourquoi il a finit par s’installer en Bosnie-Herzégovine, il dit souvent : « pourquoi ailleurs ? C’est ici et maintenant que ça se passe ».

Pour plus d’information sur Green Visions :
www.greenvisions.ba

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