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Le Macédonien Srgjan Kerim a été élu pour un an à la présidence de l’Assemblée générale des Nations Unies. C’est le couronnement de la carrière du diplomate, qui avait été le dernier président du Parlement fédéral yougoslave. Ces dernières années, il avait rejoint le secteur privé, comme responsable pour l’Europe de l’Est du groupe de presse allemand WAZ.
Par Knut Pries
Hugo Chavez, le chef redouté du Venezuela, commence déjà à l’aimer. « Vous êtes macédonien ? Je vous aime - car j’aime Alexandre le Grand ! » Hugo Chávez aime tout ce qui est grand et ne vient pas des États-Unis. Srgjan Kerim le sait bien. Helmut Kohl, lui aussi, aime bien Srgjan Kerim. Une fois, il lui a montré son légendaire aquarium. « Est-ce un privilège accordé à tous les visiteurs ? », a demandé Srgjan Kerim, qui était à l’époque ambassadeur à Bonn. Surpris, son hôte lui a demandé le sens de cette question. « Pour leur apprendre à fermer leur bouche », a répondu Srgjan Kerim.
Le chancelier a trouvé cela drôle. Le respect qu’il porte à Srgjan Kerim relie des gens qui ont a priori peu de choses en commun. Et jeudi, le diplomate macédonien a été élu président de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU).
Pourtant, Srgjan Kerim avait antérieurement d’autres projets. « Je pensais que ma carrière politique était définitivement derrière moi ». Au cours de cette carrière, Srgjan Kerim, économiste diplômé, aura été ministre des Affaires étrangères, ambassadeur à l’ONU et député spécial du coordinateur du Pacte de stabilité dans les Balkans, Bodo Hombach. Le directeur du groupe de presse allemand WAZ a engagé en 2003 ce diplomate éloquent et expérimenté comme manager pour l’Europe du Sud-Est.
Cette activité sera temporairement mise en sommeil. En septembre prochain, au début de la 62e séance de l’Assemblée générale, Srgjan Kerim donnera la parole au Président américain George Bush. Peut-être aussi à Hugo Chavez et à d’autres politiciens qui aiment profiter de l’ouverture de la session pour s’adresser au monde.
Le président est élu pour un mandat d’un an, les séances ont lieu en septembre, quand les monstres sacrés de la politique mondiale arrivent dans le palais de l’East River. Ensuite, le travail de l’Assemblée dépend des situations de crise qui requièrent la convocation de séances extraordinaires. Sur la guerre et la paix, avant tout, c’est le Conseil de sécurité qui est compétent pour prendre les décisions. Un droit d’intervention est réservé à l’Assemblée générale, si les grands pays bloquent la situation au sein du Conseil de sécurité.
L’élection du chef de l’Assemblée de l’ONU ne représente pas un enjeu de pouvoir et n’est pas une question de choix politique. Cette charge tourne entre cinq groupes de pays. Cette fois-ci, c’était le tour du bloc de l’Europe de l’Est. Ce bloc comprend les pays de l’ancienne Union soviétique, les pays de l’ancien Pacte de Varsovie et les pays de l’ancienne Yougoslavie. Srgjan Kerim peut être content, car il est l’une des rares personnes qui peuvent comprendre le fonctionnement de l’organisation mondiale.
Et ceci est indispensable à l’ONU, où chaque pays montre ouvertement son opinion. La fonction est obtenue par un accord au sein du groupe. Ainsi, les Estoniens et les Slovènes ont fait taire leur opposition à toute collaboration avec la Russie. « Les groupes sont des machines à choisir, celui qui veut devenir quelque chose a besoin de leur soutien », explique Srgjan Kerim.
Pour le Macédonien, cette désignation représente le sommet de sa carrière diplomatique. En tant que président de l’Assemblée, le protocole le subordonne seulement au Secrétaire général, Ban Ki-moon. En outre, 193 pays-membres de l’ONU se sont solennellement engagés, par une résolution, à permettre au président de l’Assemblée général d’avoir un profil politique plus important auprès de l’opinion publique. Le nouveau président, qui a été engagé pendant des années dans les réformes des Nations Unis, devrait utiliser ce poste pour travailler sur la question des changements climatiques et de la protection de l’environnement. Il peut, notamment, compter sur le soutien des Européens. L’ambassadeur allemand à l’ONU, Thomas Matusek, a déjà proposé l’un des ses meilleurs collaborateurs pour renforcer l’équipe de Srgjan Kerim, et croit que le Macédonien pourra laisser des traces durables dans ce domaine.
Même si la fonction de président de l’Assemblée générale de l’ONU est formellement limitée à des questions de procédure, elle permet néanmoins, tout en dépendant de l’ambiance entre les différents États, de prendre des initiatives politiques importantes. Tel a été le cas sous l’avant-dernier président de l’Assemblée générale, le Suédois Jan Eliason, qui s’était opposé avec ferveur à la politique du gouvernement de Bush. « S’il possède un savoir-faire et de l’habileté, le président de l’Assemblée peut avoir une réelle puissance », assure l’ambassadeur Matusek.
Le fait que le futur président de l’Assemblée générale soit employé dans une entreprise privée n’a pas posé de problème pour sa candidature. « Le groupe WAZ tient à ce que son cadre nommé à New York prenne en charge les intérêts de la communauté des nations », a déclaré le gestionnaire principal du groupe Bodo Hombach. Le siège de l’entreprise à Essen comprend l’absence temporaire de Srgjan Kerim comme une contribution solidaire en faveur des Nations Unies, que personne ne désapprouve.
Seuls les Grecs ont joué une carte attendue : ils ont discrètement conseillé à l’héritier politique d’Alexandre le Grand de résister à la tentation de favoriser sa patrie dans le contentieux avec la Grèce sur la « marque déposée Macédoine ».













