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Une réponse qui éviterait de créer au sein de notre espace européen, une nouvelle source de conflit ethnique et qui pourrait satisfaire autant les Albanais que les Serbes... Il y va de notre responsabilité et du sens de l’Histoire.
Par Franck Biancheri [1]
Il est temps de sortir de toutes ces négociations internationales qui échouent les unes après les autres. Pour cela il est temps que l’UE sorte enfin de ses solutions d’urgence telles qu’elles avaient été définies à la fin des années 90 / début 2000. Non seulement celles apportées à la question du Kosovo bien entendu, mais aussi en ce qui concerne la Bosnie.
Dans cet article commençons à regarder de plus près la question du Kosovo, et à y regarder avec une perspective européenne, et seulement avec cette perspective européenne. Cela signifie donc que Washington, Moscou et Ankara, sont certes bienvenues à aider à y voir plus clair, mais ne doivent plus faire partie du cœur du processus politique décisionnel. Les Balkans (Kosovo compris) sont à partir de maintenant une question essentiellement européenne ; car effectivement ils n’essaient pas d’intégrer les Etats-Unis, ni la Russie, encore moins la Turquie, mais c’est l’Union européenne qu’ils veulent rejoindre. C’est donc à l’UE de définir ses choix pour la région, de les mettre clairement sur la table et de commencer à les mettre en œuvre.
Sous l’angle de la vision Newropeans le tableau est clair comme l’eau de roche : les pays balkaniques (Croatie, Serbie, Monténégro, Albanie, Macédoine) sont les seuls à pouvoir espérer intégrer l’UE d’ici une vingtaine d’années. Comme Newropeans le souligne, tout futur élargissement ne pourra être issu que d’une décision collective citoyenne (à travers des référendums directs trans-européens, ou des référendums nationaux ou d’autres élections), il n’est donc pas nécessaire d’être devin pour assurer que 70 à 80 pourcent des électeurs européens s’opposeront aux élargissements qui viendront modifier les frontières actuelles de l’UE. Alors ne perdons pas de temps à discuter d’élargissements qui n’auront pas lieu (comme pour la Turquie ou l’Ukraine) et concentrons-nous plutôt sur ceux qui pourraient se faire parce qu’en fait ils ne représentent pas une extension de l’UE, mais plutôt la résorption d’un trou-noir à ses frontières, je veux parler des Balkans.
La question balkanique a rendez-vous avec l’histoire européenne le 28 juin 2014
Les électeurs étant devenus, depuis les non français et néerlandais au projet de constitution européenne, le nouveau centre de décision intra-communautaire, la question de l’élargissement doit être abordée d’un point de vue très simple : comment peut-il être « vendu » à 500 millions de citoyens européens ?
Si la réponse est « non » (comme pour la Turquie ou l’Ukraine), alors les responsables politiques doivent engager au plus vite des voies alternatives. On ne peut pas rester sans réponse.
Si la réponse est « oui » (comme pour les Balkans) alors, ces mêmes responsables politiques, s’ils estiment également que cela doit se faire, se doivent de définir au plus vite des stratégies de réalisation.
Dans le premier cas, il s’agit d’une part de politique de voisinage privilégié (Ukraine) et d’autre part de partenariat stratégique (Turquie).
Dans le second cas, nous devons mettre en place un programme « les Balkans en Route vers l’Accession » (BRA) - dont nous avons la chance de connaître déjà la principale échéance et le lieu où organiser la cérémonie officielle : le 28 juin 2014 à Sarajevo... date du centenaire du début du siècle des guerres « civiles » européennes, dans la ville qui a été le théâtre du premier drame qui s’y est joué.
D’ailleurs, cet anniversaire symbolique nous donnera un excellent argument pour « vendre » à l’opinion publique l’accession des pays du Balkans à l’UE. Cependant, la plupart des citoyens de l’Union européenne sont tout à fait sensibles à d’autres arguments en faveur de l’intégration des pays balkaniques :
Il ne s’agit pas d’une extension des limites de l’Union européenne, mais plutôt l’absorption d’un trou-noir à ses frontières
la population concernée est relativement restreinte, 25 millions de citoyens seulement au total (moitié de la population ajoutée avec les entrées de la Bulgarie et de la Roumanie)
maintenir ces pays balkaniques en dehors de l’UE génèrera plus de frais et d’instabilité (comme c’est le cas actuellement) et le BRA permettra enfin de dégager pour des forces postitives, constructives, des objectifs clairs.
Voilà ce qui en est des « pourquoi ». Passons maintenant aux « comment ».
Quatre pré-conditions pour construire avec succès une route des Balkans
Deux questions stratégiques se posent :
1. Que devons-nous effectivement célébrer le 28 juin 2014 ? L’intégration de tout le groupe des pays concernés, le lancement des négociations d’élargissement à tout le groupe, un mélange des deux situations ?
Je pense qu’un mélange des deux propositions pourrait être un excellent objectif, sachant que si les évolutions se font plus rapides, on pourrait atteindre l’intégration intégrale de tous les pays ; mais il pourrait sinon s’agir d’un double processus, sur le modèle des deux dernières vagues d’élargissement en 2004 et 2007 (mais préparé simultanément).
2. Quels sont les principaux facteurs de blocage qu’il nous faut lever le plus vite possible pour éviter que la BRA ne reste elle-même bloquée pendant des années ?
Concrètement nous pouvons en distinguer deux principaux qui sont bien entendu le reflet de la complexité des multiples questions ethniques régionales, mais qui ont le grand avantage d’être politiquement simples et de mettre l’UE en avant : oublier les Dayton et autres sommets ONU/USA/UE/Russie essentiellement concernés par des enjeux de politique internationale - se focaliser sur des politiques qui elles vont conduire les pays balkaniques à accéder à l’UE et définir les pré-conditions de leur réussite.
Quatre pré-conditions :
Pas de création de nouveaux États (la fin de la balkanisation des Balkans)
Pas d’intégration d’États divisés (pas de nouvelle Chypre)
Pas de tentative de maintenir artificiellement la multiethnicité (arrêtons de noyer la région sous le flot des subventions, ONG et soldats de la paix pour pouvoir prétendre que la multiethnicité fonctionne là où ostensiblement ce n’est pas la cas)
Il appartient aux peuples des Balkans de travailler sur ces objectifs, ensemble avec l’UE (arrêtons d’impliquer tout le monde, ONU et communauté internationale, et cessons d’envoyer des hordes d’experts). L’UE ne peut pas intégrer de façon efficiente et stable des pays et des peuples qui savent pas qui ils sont.
Ces quatre pré-conditions doivent donc être clairement mises sur la table dès aujourd’hui avec comme argument clé qu’elles font partie intégrante du « kit de communication » pour gagner le soutien des citoyens au futur élargissement de ces pays.
Et bien entendu, au cœur du débat actuel de la question balkanique se pose celle du Kosovo (bien plus que celle de la Bosnie-Herzégovine). La politique européenne a été jusqu’à présent un ratage complet, notamment en ce sens qu’elle n’était pas une politique d’Union européenne, mais une tentative de l’UE de mettre en place une politique qui serve en même temps les objectifs à court terme des "petits" chefs locaux et les intérêts que la communauté internationale avait investis dans la région, bref le type classique de projets qui ne conduit nulle part et qui n’apporte aucune solution aux conflits.
Le Kosovo doit être divisé en deux régions, respectivement rattachées à la Serbie et à l’Albanie
Concrètement cela signifie que la Serbie ne conservera pas le Kosovo, que le Kosovo ne deviendra pas un état indépendant et que l’Albanie devra se préparer à intégrer une nouvelle région à son territoire.
En effet, pour se préserver de la création d’un nouvel état tout en répondant à la question de l’homogénéité ethnique, le Kosovo sera divisé en deux : son tiers nord restera partie du territoire serbe, le reste deviendra cette nouvelle région du Kosovo de la République d’Albanie. Tous les pays de la région, constitués eux-mêmes de différentes minorités ethniques, entérineront de toute façon les lois de l’UE concernant la protection des minorités culturelles. L’UE focalisera ses fonds et ses aides à la relocalisation possible de quelques populations décidant de changer de région après la division du Kosovo.
Oui j’ai parlé de « relocalisation de populations » ! Un terme très mauvais dans le politiquement correct qui prévaut au sein des négociations internationales depuis de nombreuses années et qui incarnent essentiellement une hypocrisie étonnante ; mais il est simplement hors de question de laisser un nouvel état de langue albanaise à prédominance musulmane[3] se créer aux frontières d’un autre état de langue albanaise à prédominance musulmane : l’Albanie. Le 20ème siècle en Europe a été le siècle des relocalisation de populations et de changements de frontières qui ont permis à l’UE d’exister aujourd’hui. La seule région restée en dehors de ce processus a été justement l’ex-Yougoslavie et il est temps de procéder pacifiquement à cette pré-condition d’une intégration réussie au sein de l’UE. Nous avons appris à déplacer pacifiquement de larges groupes de population pour construire de grands barrages. Le challenge n’est pas si différent.
Et plutôt que d’inonder la région de flots d’argent pour soutenir des armées et des ONG internationales et de subventionner des chefs locaux, investissons nos fonds de façon plus adéquate en les attribuant aux personnes qui seraient prêtes à permuter leurs maisons et leurs terres afin de permettre un équilibre ethnique régional à longue échéance (en attendant que l’intégration à l’UE rende les frontières de moins en moins séparatives). En priorité à cette permutation, 20.000 euros seraient attribués par personne à ceux qui acceptent de partir avant 2012 (le montant allant décroissant plus on s’approche du terme afin de motiver des décisions rapides) : les deux côtés sont concernés et de ce fait aucune communauté ne sera privilégiée par rapport à l’autre. Pendant ce temps la question des nouvelles frontières du Kosovo lui-même occupera les diplomates et les politiques. Bien sûr cette solution aura un coût humain, mais pas en terme de morts et d’épuration comme nous l’avons connu jusqu’à présent, et comme nous risquons de le revivre si la situation n’évolue pas rapidement.
Aussi douloureux que cela puisse être, c’est dans l’intérêt de l’UE et dans celui des pays et des populations des Balkans d’avancer rapidement dans une telle direction. Si Washington, Moscou ou Ankara ne sont pas satisfaits de cette solution, c’est leur problème, car in fine la question est celle de l’accession à l’UE, pas celle aux USA, ni celle à la Russie ou à la Turquie. Plutôt que de s’échiner à critiquer et à s’opposer à toute initiative européenne dans cette région, ils feraient mieux de prouver qu’ils peuvent efficacement résoudre leurs propres problèmes, bien similaires, au Moyen-Orient, dans le Caucase ou encore en Chypre et au Kurdistan.
Pour le reste, je ne doute pas que les Européens d’aujourd’hui (y compris les citoyens des pays balkaniques) sauront faire leur travail.
[1] Président de Newropeans











