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Monitor
Andrija Mandic, le voïvode des tchétniks monténégrins
Traduit par Persa Aligrudic
Publié dans la presse : 14 septembre 2007
Mise en ligne : dimanche 23 septembre 2007
Sur la Toile

Dans les milieux de l’opposition monténégrine, on suggère souvent que le DPS de Djukanovic financerait le Parti populaire serbe (SNS) d’Andrija Mandic. C’est impossible à vérifier, mais il est certain qu’un opposant comme Mandic convient parfaitement au DPS. Le régime actuel a besoin de ce « voïvode des tchétniks », qui attise le nationalisme serbe, pour mieux détourner l’attention de l’opinion publique des problèmes sociaux brûlants.

Par Veseljko Koprivica

« Le Monténégro est une création ressemblant à un Etat qui se différencie autant d’un Etat démocratique et d’un État de droit qu’un singe ressemblant à l’homme se distingue d’un singe »...

Lundi l0 septembre, le président du Parti populaire serbe (SNS), Andrija Mandic, a de nouveau adressé ce compliment à son pays natal et où il vit toujours, depuis la frontière serbo-monténégrine de Rance. Il avait déjà fait la même déclaration à un journal serbe. Après avoir posé les pierres de fondation de la nouvelle église de Rance, il a récupéré des calories en déjeunant avec le ministre serbe pour les Scandales capitaux, Velja Ilic [1], ainsi qu’avec l’évêque Filaret, le fameux sniper en soutane, pour revenir ensuite sans problème au Monténégro, ce pays « qui ressemble à un Etat » (drzavolika)...

Rien de nouveau venant de Mandic. En affirmant qu’il est un homme politique uniquement intéressé par le bien être de la nation serbe, Andrija Mandic s’est autoproclamé protecteur de tous les Serbes et du serbisme au Monténégro. Cependant, la Liste serbe, qu’il a conduite aux élections de septembre 2006, n’a même pas rassemblé les voix du tiers des Serbes du Monténégro.

D’ailleurs, les trois autres partis de l’ancien Bloc pour un État commun avec la Serbie, le Parti socialiste populaire (SNP), le Parti populaire (NS) et le Parti démocratique serbe (SDS), avaient énergiquement refusé son invitation à figurer sur la Liste serbe. Mais AndrijaMandic continue à avoir l’ambition d’être le guide suprême de toute l’opposition serbe.

Disciple enthousiaste de Vojislav Seselj, Andrija Mandic identifie l’identité serbe avec les tchétniks. C’est probablement pourquoi il a été qualifié de « Voïvode des tchétniks de tous les pays serbes ».

Quand il menait la Liste serbe, il affirmait que les 200 000 Serbes du Monténégro étaient plus proches des Serbes des pays avoisinants que des Monténégrins : « Nous ne sommes différents en aucun point des autres Serbes qui vivent en dehors du Monténégro ». Pour Andrija Mandic, cependant, le Monténégro est « le pays le plus serbe de tous les pays serbes », et « le Kosovo forme aussi le cœur du Monténégro ».

C’est pourquoi, toujours enflammé, il continue à réclamer un statut exclusif pour les Serbes dans la Constitution et dans la vie quotidienne. On connaît ses jérémiades prétendant que les Serbes seraient menacés au Monténégro. En expliquant la manière dont ils sont discriminés, Mandic tient ces propos : « Les télécoms de Serbie, qui s’installent au Monténégro, ont publié un concours dans un journal que les Serbes ne lisent pas ».

L’œil de l’aigle voit tout

« Les Serbes du Monténégro devraient être privilégiés en Serbie parce qu’ils sont des compatriotes, parce qu’ils se sont engagés à vivre dans un État commun et parce que le Monténégro exerce à leur encontre de terribles discriminations », avait lancé Andrija Mandic il y a quelques années. Aujourd’hui encore, il n’a pas dévié de son cours.

Il brûle du désir d’obtenir la nationalité de Serbie, « qu’il considère comme son pays ». Tous les Serbes, où qu’ils vivent, doivent d’ailleurs l’aimer « comme leur mère patrie à tous ». Après le débat sur la citoyenneté au Parlement de Serbie, le 12 septembre dernier, il semble que ses désirs soient sur le point d’être exaucés, ce qui est une nouvelle preuve que le Belgrade de Kostunica ne veut toujours pas lâcher le Monténégro indépendant.

C’est en vain que les experts en droit ont souligné l’absurdité d’accorder la nationalité sur la base d’une appartenance nationale. « Je pense que les autorités de Belgrade vont essayer de faire au Monténégro la même chose que ce qu’elles ont fait en Croatie et en Bosnie, lorsqu’elles ont manipulées les Serbes vivant dans ces pays », estime l’avocate belgradoise Biljana Kovacevic-Vuco.

Les citoyens de Serbie se demandent d’ailleurs avec étonnement pourquoi Mandic et les Serbes monténégrins ont tant besoin de passeports de Serbie.

Le Parti démocratique des socialistes (DPS) de Milo Djukanovic a comparé la Liste serbe aux talibans. Pourtant, dans les milieux de l’opposition on entend souvent dire que ce parti serait financé par le DPS.

Après la débâcle du bloc unioniste au référendum, Andrija Mandic avait proposé de démissionner. Le conseil général du parti a refusé sa démission et c’est ainsi qu’il a continué à remplir ses hautes fonctions : dirigeant du SNS et de la Liste serbe, et député.

Les médias belgradois ont publié le commentaire suivant sur le référendum monténégrin : « Andrija Mandic, que les ‘journalistes’ des services secrets militaires du quotidien Dan ont trouvé au souk de Podgorica en train d’acheter un cadeau d’anniversaire à son épouse, conclut encore maintenant que le référendum monténégrin n’a aucun sens, et que le Monténégro rejoindra la ’mère patrie’ dès que Milo Djukanovic sera condamné, ce qui est actuellement plus certain que jamais ».

Andrija Mandic est parvenu à la fonction de président du Parti populaire serbe il y a quatre ans, à la surprise d’un grand nombre d’adhérents de ce parti. Meneur des « jeunes lions » du SNS, il a éliminé le fondateur et le président du parti, Bozidar Bojovic. Il voulait alors rajeunir le visage des courants radicaux au Monténégro.

« Je ne m’attendais pas à être victime de grossières ataques, au-delà de toute mesure et de toute dignité humaine », a déploré Andrija Mandic à la veille de l’assemblée du parti, après avoir été interpellé par ceux qui l’ont fait rentrer dans celui-ci. Andrija Mandic a surtout été irrité par un question posée par l’ancien président Bojovic : « Où est passé l’argent du Parti populaire serbe ? ».

« Serbe par la propagande, pas par la naissance »

En tant que directeur et copropriétaire d’une société anonyme pour la transformation des métaux non ferreux, il a lancé la première production privée d’alliages d’aluminium au Monténégro. On dit que c’est ainsi qu’il a acquis un solide capital, qu’il ne cesse d’augmenter grâce à ses activités politiques. C’est probablement la raison pour laquelle il a conseillé aux investisseurs étrangers de ne pas investir au Monténégro. Selon lui, « le Monténégro et ses citoyens ne méritent aucun euro de donation ou d’investissements étrangers ».

Une fois, il a même déclamé à la télévision de Podgorica : « Si nous, Serbes, avions de l’argent, nous fonderions cinq chaînes de télévision au Monténégro, et on recenserait aujourd’hui 50% de Serbes au sein du DPS et dans tout le Monténégro ».

Cette hypothèse a été commentée de la sorte dans plusieurs forums Internet : « Andrija est très clair. On devient Serbe par la propagande, et non pas par la naissance ».

Récemment, il a menacé de bloquer les routes du Monténégro avec ses sympathisants si les autorités ne permettaient pas à l’évêque Filaret d’entrer dans le pays. Même Filaret a pensé que c’était un plan extrême, si bien qu’il n’a pas donné sa bénédiction à ce projet !

[1] Velimir Ilic a été ministre des Investissement capitaux dans le précédent cabinet Kostunica. Il est désormais ministre des infrastructures, et impliqué dans un lourd scandale de corruption. Lire notre article « Serbie : l’autoroute de la corruption ».

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