Le portail francophone des Balkans

Kosovo, fragments d’impacts

240 photographies N&B

Le piège du Kosovo

Nouvelle édition de Kosovo, année zéro

Comprendre les Balkans. Histoire, sociétés, perspectives

Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens

Accueil À propos du CdB Contact ( espace abonné )
Naviguez sur la carte
Slovenie Croatie Bosnie Bosnie Montenegro Albanie Macedoine Kosovo Serbie Voivodine Grece Bulgarie Moldavie Roumanie Turquie
Rubriques thématiques
réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
Pour une nouvelle politique européenne dans les Balkans
Mise en ligne : lundi 8 octobre 2007

L’Union Européenne ayant résolu, au début de l’été, les problèmes institutionnels qui l’empêchaient de se projeter vers l’avenir grâce à l’adoption d’une nouvelle constitution, la question de la suite à donner à la politique qu’elle mène dans la région des Balkans depuis le début des années 90 prend d’autant plus d’importance que l’échéance fixée pour la résolution du statut du Kosovo approche à grands pas.

Par Philippe Martinez [1]

Dans cette optique, il n’est pas trop tard pour clarifier et relancer les termes du débat crucial sur l’élargissement pour l’avenir de chaque citoyen européen en ayant à l’esprit d’éviter les embûches - pour le moins nombreuses - susceptibles de renvoyer le processus d’intégration des pays concernés aux calendes grecques. Afin d’y parvenir, toute nouvelle politique européenne dans les Balkans doit reposer sur trois orientations majeures.

En premier lieu, il est grand temps de prendre conscience qu’à une lecture presque exclusivement ethnique des conflits ayant ensanglanté l’ex-yougoslavie a succédé l’imposition d’une solution frappée du même sceau, le concept de société multiethnique, qui constitue aujourd’hui le premier obstacle à une réconciliation des peuples qui aurait pourtant dû être, dès la fin des hostilités, l’objectif ultime de toute politique balisant la voie vers l’Union Européenne.

Comment ne pas voir en effet que les impasses constatées dans les négociations sur la nouvelle constitution en Bosnie-Herzégovine et sur le statut à donner au Kosovo n’ont pour seule conséquence que d’accentuer les tensions et de créer les conditions de l’émergence d’autres conflits ouverts dans le futur ? Comment soutenir plus longtemps une politique se traduisant par un marchandage voué à l’échec du plan Ahtisaari contre une promesse d’adhésion faite à la Serbie et des contreparties octroyées à la Russie ?

Au vu des autres erreurs constatées dans les orientations privilégiées jusqu’à présent, dont la plupart ont découlé de cet égarement initial (accords de Dayton et résolution 1244 inapplicables, politique contre-productive concernant les relations entre la Serbie et le Monténégro, divisions entre européens et américains sur les différents haut-représentants en Bosnie-Herzégovine, réticences aujourd’hui démontrées concernant l’arrestation de Karadzic et Mladic...) ne serait-on pas tenter de répondre aux responsables internationaux qui crient encore au loup en entendant le mot « partition » qu’ils n’ont pas nécessairement le monopole de la correcte analyse de la situation ?

Une fois la réthorique de multiethnicité remplacée par l’objectif supérieur de réconciliation, exclure la Turquie des négociations d’adhésion serait une autre erreur stratégique majeure. La candidature turque a en effet de nombreux avantages dont le premier est de concourrir à la réconciliation globale des états de la région ne serait-ce que par le fait qu’elle a occupé les Balkans (mot soit dit en passant d’origine turque...) durant près de cinq siècles.

Aborder ce dossier du seul point de vue que La Turquie « n’est pas géographiquement européenne », comme l’a affirmé Nicolas Sarkozy durant la campgane présidentielle, est absurde : qui va aujourd’hui exclure le Portugal (le Maroc ?) de son projet souhaité d’Union Méditerranéenne au motif que la façade maritime de ce pays donne sur l’océan atlantique ?

Quant à l’affirmation selon laquelle l’adhésion turque ferait perdre à l’Europe son identité, dernier refuge de ceux qui, après avoir vu leurs fragiles objections largement balayées (après la géographie, les droits de l’homme, l’économie, l’islam...), tentent aujourd’hui de déplacer le débat sur un terrain plus glissant, convenons qu’elle est pour le moins présomptueuse puisqu’il existe au moins autant de définitions de cette évasive identité qu’il existe de citoyens européens et que toute tentative d’arriver à une position commune sur le sujet passe par un large débat malheureusement inexistant à l’heure actuelle, ceci expliquant d’ailleurs en grande partie la relative indifférence avec laquelle ont été accueilli les deux précédents élargissements.

Les foyers d’instabilité éteints et la réconciliation complète des peuples renforcée par la confirmation du caractère inéluctable de l’adhésion de la Turquie à l’UE (passant en France par l’abandon de tout référendum sur la question, comme récemment proposé par le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet) et l’adoption d’une règle d’intangibilité des frontières ancrée dans tous les accords et résolutions entourant la région, la marche vers l’UE resterait néanmoins hasardeuse sans la mise en oeuvre d’une politique économique à la hauteur des enjeux.

A ce sujet, s’il faut saluer l’introduction, depuis le premier janvier 2007, d’un nouvel instrument de préadhésion (IPA) qui coïncide avec la hausse des aides de l’UE vers la zone et la volonté affichée par la Commission Européenne de mettre tous les pays de la région (à l’exception de la Turquie, qui bénéficie décidément d’un traitement particulier) au même niveau en ce qui concerne le processus d’élargissement (permettant ainsi d’atténuer la compétition entre candidats), ces deux initiatives ne sauraient à elles seules suffir à normaliser leur situation économique.

L’exemple de la Bosnie-Herzégovine est à ce titre éloquent : le PIB est toujours inférieur à celui d’avant-guerre, le manque de coopération entre les deux entités décourage les investissements étangers, le chômage, selon la définition donnée par le BIT atteint aujourd’hui 47%, le taux de couverture des importations n’est que de 45% (débouchant ainsi sur un déficit dont le montant représente 42,5% du PIB !)...des données posant de sérieux doutes sur la possibilité d’une adhésion, même à l’horizon 2020.

Beaucoup de temps a également été perdu dans le domaine économique en négligeant le fait que toute réconciliation passe par une véritable politique de coopération régionale et non pas une promesse d’adhésion lointaine basée sur une simple reprise de l’acquis communautaire. Les défis auxquels ces pays doivent encore aujourd’hui faire face s’apparentent en effet plus à ceux de pays en développement (réforme de l’administration publique, du système judiciaire, lutte contre la corruption et l’économie informelle, mise en place de politiques de la concurrence...) que de pays en transition comme l’ont été les PECO.

Changements institutionnels courageux, adhésion inéluctable de la Turquie, politique économique ambitieuse : telles sont les clés ouvrant la porte d’une réconciliation globale condition indispensable d’un processus d’élargissement apaisé lui-même source d’une stabilité durable sur tout le continent européen.

[1] Spécialiste des Balkans, Philippe Martinez a travaillé pour l’Ambassade de France à Sarajevo en 2000, pour l’Assemblée Parlementaire de l’OSCE en 2003 et 2004. Il est diplômé de l’INALCO en serbo-croate. Il travaille actuellement à l’Institut Français de Copenhague où il forme des militaires danois de la KFOR qui sont envoyés au Kosovo.

réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
>> Voir les réactions à cet article
© 1998-2008 Tous droits réservés Le Courrier des Balkans (balkans.courriers.info) - Le Courrier des Balkans, Centre Marius Sidobre, 26 rue Emile-Raspail, F-94110 Arcueil - Tél.: 09 50 72 22 26 (prix d'une communication locale) - Ce site est réalisé avec SPIP, logiciel libre sous licence GNU/GPL - À propos du Courrier des Balkans - Pour nous joindre - Politique de confidentialité