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12e Congrès de la SSS - SerbiePublié dans la presse : 18 avril 2002
Mise en ligne : vendredi 19 avril 2002
Le congrès a duré deux demi-journées. 483 délégués étaient présents. Invités : · Serbes : · Etrangers : Sont intervenus dans le congrès le ministre du Travail (Dragan Milovanovic, ancien président de la plus petite des confédérations syndicales de Serbie, ASNS), Catuy, la Citum, le Vice-président, Confédération de République serbe de Bosnie-Herzégovine, le représentant du syndicat du district de Brcko, la CCM, la CMT, la CISL et l’OIT. La présidence du congrès a été élue pour toute la durée des travaux immédiatement après l’ouverture par le président sortant de SSS, Milenko Smiljanic. La présidence était composée de 10 personnes dont 4 femmes et dirigée par le Président de la Fédération de la chimie. L’adoption du déroulement des travaux, de l’ordre du jour et de la procédure ont fait l’objet d’un assez long débat à l’ouverture qui a mis en évidence la très grande tension dans la salle. Les intervenants ont soulevé la question de la durée du congrès trop réduite pour permettre un débat approfondi sur chaque question prévue à l’ordre du jour et le fait que les élections aient lieu avant le débat sur les textes. Le congrès n’a pas voté les amendements proposés mais uniquement l’ordre du jour proposé in initialement adopté avec 10 voix contre. La grande intervention syndicale a été celle de Milenko Smiljanic. Après avoir rappelé qu’il avait été nommé à l’automne 2000 après la chute de Milosevic pour remplacer le président démissionnaire, Smiljanic a indiqué qu’il ferait le bilan de ses 17 mois de responsabilité et non pas des 4 années entre les deux congrès. Rien a donc été dit des 4 dernières années ni même des 10 années Milosevic même si Smiljanic a déclaré qu’il faut regarder la réalité et être prêt à une révision critique. Le bilan syndical proposé est mitigé. « Les 17 mois ont vu des changements radicaux qui n’ont cependant pas touché les engagements stratégiques ». Cela a permis de préserver SSS. L’érosion des membres commencée après le 5 octobre 2000 s’est arrêtée. Le congrès est une chance de survie et à l’avenir SSS sera jugée sur la qualité du travail. Des relations constructives avec le gouvernement restent à construire à partir des principales revendications : salaire, dialogue social, protection sociale etc. Si SSS salue certaines décisions du gouvernement notamment la mise en place d’un Conseil économique et social, il reproche l’absence de consultation des deux principales organisations syndicales (SSS et Nezavisnost). SSS prend acte de la réalité du pluralisme syndical et appelle à la coopération indispensable entre les deux grandes confédérations serbes. Il est essentiel de promouvoir le syndicalisme en Serbie et de favoriser la solidarité non seulement intersyndicale mais en général avec les salariés en lutte. Smiljanic défend l’indépendance syndicale qui doit mener à une évolution du rôle des syndicats : « SSS ne doit plus être l’instrument de personne ». « SSS a l’occasion de devenir une véritable organisation syndicale ». En ce qui concerne les relations internationales, il propose une ouverture sur les syndicats des autres pays et la construction de relations différentes. Il défend également l’adhésion de la SSS à la CES. La situation économique et sociale du pays est préoccupante. Les questions essentielles pour SSS sont et seront : les salaires décents, les retraites et l’emploi. Un consensus social est la condition essentielle à une relance économique de la Serbie. SSS soutient l’adhésion de la Serbie à l’UE qui exigera un changement culturel complet : lutte contre la corruption, démocratisation réelle, dialogue social notamment. La Serbie devra également reprendre progressivement les normes sociales en particulier de l’UE. Le rapport de Smiljanic a été adopté à l’unanimité. Branislav Canak, Président de Nezavisnost (la seconde confédération syndicale de Serbie avec environ 700.000 adhérents), a fait une intervention controversée dans une atmosphère tendue. Il a évoqué la question de la responsabilité de chacun devant le passé et notamment de SSS dans la répression antisyndicale dont a beaucoup souffert Nezavisnost mais aussi celle du patrimoine tout en restant en dessous du sentiment des dirigeants et militants de Nezavisnost. Il en a appelé à la responsabilité du mouvement syndical en matière de coopération et de solidarité. Une partie du congrès a pris cette intervention comme une déclaration de guerre. Après l’élection de Smiljanic, Canak est de nouveau intervenu, il a appelé à l’unité et a refusé un conflit entre les deux syndicats. Le processus électoral a été plus long que prévu et assez chaotique. Pour la présidence, il a fallu deux tours pour départager les deux candidats : le président sortant et le vice-président. Milenko Smiljanic a été élu Président de SSS au deuxième tour : 256 pour, 15 abstentions sur 390 votants soit environ deux tiers. Le Comité confédéral national composé de 104 personnes a été élu en bloc et la composition de la Commission permanente des statuts a fait l’objet d’un vif débat chaque syndicat voulant être représenté. Le débat a eu lieu après les élections. Sont intervenus les représentants des fédérations et des régions pour faire un constat terrible de la situation économique et sociale de la Serbie. Certaines questions notamment le passé, les relations intersyndicales, le patrimoine et certains intervenants ont fait l’objet de débats très vifs. De nombreuses questions sont posées : le code du travail, les conditions de travail et les conventions collectives ; l’adhésion à l’UE ; la disparition des entreprises et la privatisation vue comme un passage obligé avec pour conséquence une augmentation du chômage et les licenciements ; l’emploi, le travail au noir et l’économie informelle ; les salaires … Les deux délégués représentant le Kosovo sont intervenus et ont été très applaudis. Ils ont exprimé le sentiment d’être abandonnés et demandent que SSS fasse pression sur le gouvernement. Le congrès a voté un appel sur le Kosovo. Dans son intervention de clôture, Smiljanic a salué la victoire d’une nouvelle conception du syndicalisme et de la politique de réforme de l’organisation qui doit passer par un rajeunissement des directions syndicales. Pour lui, le congrès engage à poursuivre les réformes et le travail unitaire. SSS doit affirmer son indépendance notamment financière et se doter d’une structure démocratique. Elle a besoin de stabilité, de discipline et de respect des règles et doit obtenir de meilleurs résultats notamment dans la protection des intérêts des salariés. Une des priorités de l’organisation pour les mois à venir sera la formation syndicale. Les grandes lignes du programme de travail de SSS s’articulent autour des questions de négociation collective, législation du travail, dignité des salariés et des chômeurs, défenses de programmes sociaux, investissement dans le Comité économique et social et participation au processus de privatisation. Pour Smiljanic, les luttes revendicatives tourneront essentiellement autour des salaires décents, de l’environnement et de la protection légale du travail. SSS doit s’attendre à une longue transition dans laquelle il lui faudra travailler avec les autres organisations syndicales. C’est le cas pour les projets à venir de lois concernant le monde du travail. Le dialogue social est indispensable et urgent en Serbie et SSS aura recours à tous les moyens y compris la grève générale. Le mouvement syndical international doit considérer SSS comme un partenaire à part entière. Elle considère avoir des soutiens pour rejoindre la CES. Elle s’engage à renouer les relations dans les Balkans. Quelques remarques : Le mouvement syndical de Serbie se trouve dans une phase de transition. L’avenir des confédérations syndicales dépend de leur capacité à se transformer et se renouveler. Le nombre d’adhérents reste encore important mais les cotisations sont très faibles à cause notamment de la faiblesse des salaires, le chômage partiel ou total, le travail au noir. SSS déclare encore 900.000 adhérents mais beaucoup d’entre eux restent par habitude. Elle vise à favoriser une adhésion syndicale consciente en s’appuyant sur ses structures solides et fortement implantées. Son image est liée aux régimes passés et notamment aux liens très étroits avec celui de Milosevic. C’est une réalité dont SSS doit sortir pour évoluer, s’ouvrir à l’unité d’action syndicale et dans l’avenir adhérer à la CES. Parmi les questions à l’ordre du jour, elle devra ouvrir le débat sur le patrimoine syndical, rajeunir les directions interprofessionnelles et professionnelles et devenir une organisation véritablement syndicale et indépendante. Ce sont des enjeux qui n’iront pas sans débats ni batailles et déchirements. Pour former les adhérents et les militants, la formation syndicale doit être totalement refondue. L’adhésion à Nezavisnost était surtout une adhésion consciente sur la base de la lutte contre le régime Milosevic. Aujourd’hui, Nezavisnost doit passer d’un mouvement politique et social à une organisation syndicale. Elle peut compter sur un corps militant et dirigeant très mobilisé et bien formé. Le système de formation syndicale de Nezavisnost est un de ses atouts. En revanche, ses structures sont faibles et son activité encore très centralisée. Toutes ces années, Nezavisnost a su maintenir un équilibre entre la lutte contre le régime, l’engagement syndical et l’indépendance. La bataille pour Nezavisnost tourne surtout autour du renouvellement de la motivation de l’adhésion syndicale, de sa capacité à organiser les structures à tous les niveaux dans tout le pays et de ses capacités à élaborer des propositions. Pour SSS comme pour Nezavisnost, l’avenir de leurs relations est vital. Le gouvernement actuel a fait le choix de privilégier l’interlocuteur le plus petit mais qui fait partie intégrante de la coalition DOS, Asns. Cette organisation est l’alibi syndical du gouvernement. Une absence d’unité minimale entre Nezavisnost et SSS donne la possibilité au gouvernement d’utiliser une organisation contre l’autre. Une unité d’action même partielle leur permettrait sûrement d’obtenir leur reconnaissance comme partenaires syndicaux à part entière et d’imposer un véritable dialogue social. |
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