Le portail francophone des Balkans

Kosovo, fragments d’impacts

240 photographies N&B

Le piège du Kosovo

Nouvelle édition de Kosovo, année zéro

Comprendre les Balkans. Histoire, sociétés, perspectives

Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens

Accueil À propos du CdB Contact ( espace abonné )
Naviguez sur la carte
Slovenie Croatie Bosnie Bosnie Montenegro Albanie Macedoine Kosovo Serbie Voivodine Grece Bulgarie Moldavie Roumanie Turquie
Rubriques thématiques
réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
Le Kosovo dans l’attente
Mise en ligne : lundi 10 décembre 2007

Le 10 décembre sera-t-il le jour J ? Trois semaines après les élections du 17 novembre, marquées par une très forte abstention et la victoire du PDK d’Hashim Thaçi, l’opinion albanaise demeure partagée sur les voies qui permettront d’accéder à l’indépendance. Pour sa part, la communauté serbe rejette toujours cette perspective. Le point de vue de Bashkim Hisari, dans un Kosovo traversé par mille rumeurs, mais qui n’a toujours ni Constitution, ni gouvernement.

Par Bashkim Hisari [1]

Le Kosovo connaît de graves problèmes depuis longtemps. Ses institutions sont trop bureaucratisées. La corruption y est enracinée et il est presque impossible de combattre la criminalité organisée. Le taux de chômage et la pauvreté demeurent inquiétants. Le Kosovo est devenu un important centre de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de prostitution. Les droits des minorités sont garantis par la loi, mais son application demeure faible. Les relations entre la majorité albanaise et les Serbes sont très difficiles. Les cicatrices de la guerre sont toujours présentes et il n’y a pas de véritable dialogue entre les deux communautés. Les Serbes continuent de boycotter les institutions kosovares et des institutions parallèles serbes fonctionnent dans les enclaves, bien souvent sous l’influence des autorités de Belgrade. Et la population du Kosovo, dans son ensemble, sombre dans un marasme persistant...

Les élections législatives et municipales du 17 novembre ont été organisées pour la première fois selon le système proportionnel, avec des listes ouvertes. Les élections de 2001 et de 2004 avaient été organisées par la communauté internationale. Cette fois, son rôle a été plus limité, se réduisant à l’observation et à la consultation. La commission électorale centrale, dirigée par un fonctionnaire kosovar, a pris en main l’organisation des élections.

Des citoyens perplexes et divisés

Durant la campagne électorale, les politiciens kosovars ont fait de grandes promesses : de l’électricité 24 heures sur 24, l’arrêt des restrictions d’eau, la construction d’écoles modernes, l’amélioration du système sanitaire, des routes goudronnées, l’augmentation des retraites, la croissance économique, des investissements étrangers, des crédits bancaires, plus de démocratie et le respect des droits de la personne, surtout pour les minorités...

L’objectif de ces promesses était de mobiliser les citoyens du Kosovo pour les inciter à se rendre aux urnes. Cela ne s’est pas produit. D’après le chef de mission de l’OSCE au Kosovo, Tim Guldemann, la participation n’a été que de 43% des 1.454.174 électeurs inscrits. Le leader du mouvement « Vetëvendosje », Albin Kurti, a quant à lui déclaré que la participation électorale ne dépassait pas 37%.

Les deux plus grandes surprises de ces élections sont donc l’abstention qui touche plus de la moitié des Albanais du Kosovo et la première défaite électorale de la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) après 18 ans de domination sans partage. Dirigé par feu Ibrahim Rugova, ce parti avait obtenu une très large majorité lors de toutes les dernières élections. Autant de signes qui indiquent le désarroi des citoyens.

En proclamant la victoire de son parti aux élections législatives du Kosovo, le président du Parti démocratique du Kosovo (PDK), Hashim Thaçi, a déclaré qu’il serait le Premier ministre de tous les citoyens du Kosovo. « Les citoyens du Kosovo ont envoyé au monde entier le message que nous sommes une société démocratique, prête à apporter des décisions qui nous accorderaient une place dans la grande famille des États européens. Le Kosovo est prêt à avancer comme un pays de liberté, de démocratie et d’indépendance », a déclaré Hashim Thaçi.

Le succès d’Hashim Thaçi provient du fait qu’il a su sauvegarder un parti qui fonctionne horizontalement et verticalement, et qu’il a su maintenir son projet politique et l’ouvrir vers la société civile. Cependant, il semble que ces élections se soldent par une grande défaite de la LDK encore plus que par une victoire du PDK. Construite sur le charisme de son ancien leader Ibrahim Rugova, conçue comme un parti qui ne fonctionne que verticalement, la LDK n’a pas su s’orienter faute d’un autre leader prédominant. Le dernier congrès de la LDK a consacré une division du parti en deux camps : la LDK dirigée par Fatmir Sejdiu et la LDD (Ligue démocratique de Dardanie) menée par Nexhat Daci. Les deux partis ont tenté de s’approprier l’héritage politique de Rugova et leurs campagnes ont été marquées par son image. Cela ne les a pas beaucoup aidés à récupérer des voix...

L’inquiétude des Serbes

Les Serbes ont boycotté les élections en signe de protestation, car tous les partis albanais soutenaient une proclamation rapide de l’indépendance après le 10 décembre. Ils ont aussi boudé les urnes en raison de l’influence de Belgrade, que les pousse à ne pas participer aux élections. C’est pourquoi les candidats albanais ont gagné dans les cinq municipalités du nord et du centre du Kosovo à majorité serbe (Novo Brdo, Strpce, Zubin Potok, Leposavić et Zvečan). Si la loi électorale est strictement appliquée, cela signifie que les Serbes y perdront le pouvoir.

Cela pourrait mener à l’ouverture de nouveaux conflits entre Albanais et Serbes, surtout dans la région de Mitrovica. Il est probable que le chef de la MINUK, Joachim Rücker, décide, par décret, d’une « cohabitation » entre les représentants politiques actuels et les nouveaux élus dans les municipalités à majorité serbe où la participation a été faible.

Les représentants politiques des Serbes du Kosovo qui ont pris part aux élections ont adressé une plainte au chef de mission de l’OSCE, Tim Guldimann. Ils y accusent l’OSCE de manipulations électorales, puisque 4.000 bulletins de vote envoyés par courrier à l’OSCE ont été attribués à un seul parti serbe - au mouvement « La force de la Serbie » (PSS) de Bogoljub Karić. « Nous savons bien que seulement 973 Serbes du Kosovo ont voté, tous les autres chiffres sont des manipulations. C’est pourquoi nous affirmons l’irrégularité totale de ces élections », affirme le leader du Parti démocratique serbe (SDS), Slaviša Petković, durant un débat entre des partis politiques serbes, l’OSCE et le PDK, organisé au Centre des médias de Caglavica et intitulé « Pourquoi les Serbes du Kosovo n’ont-ils pas participé aux élections ». Slaviša Petković a accusé Belgrade d’avoir « interdit aux Serbes de participer aux élections ». D’après lui, les Serbes qui voulaient se présenter aux élections étaient menacés de perdre leur salaire ou leur retraite. Les Serbes seront représentés au Parlement du Kosovo, quelle que soit leur participation, car le cadre constitutionnel du Kosovo garantit dix sièges à chaque communauté minoritaire.

Que faire après le 10 décembre ?

L’opinion publique du Kosovo est partagée. Certains pensent qu’il faut proclamer l’indépendance au moment même de la remise du rapport de la troïka au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, d’autres qu’il vaut mieux attendre un peu pour préparer le terrain pour la reconnaissance par la communauté internationale et prévenir tout éventuel conflit. Autre question, l’indépendance du Kosovo devra-t-elle être proclamée par le Parlement, ou à l’issue d’un référendum ?

Les partisans du référendum soutiennent que le Kosovo était en guerre avec la Serbie, ce qui a provoqué l’intervention de l’OTAN, que le Kosovo est une zone sous administration internationale, que la souveraineté de la Serbie y a été abolie et transférée au Conseil de sécurité des Nations Unies, et que, par conséquent, le peuple du Kosovo doit décider de son destin de manière autonome. Probable futur Premier ministre, Hashim Thaçi a déclaré que l’indépendance serait proclamée immédiatement après la remise du rapport de la troïka le 10 décembre. Cependant, dans des rencontres officieuses avec les diplomates, il a déclaré qu’il pouvait envisager des reports jusqu’au printemps.

Pour le moment, toutes les rumeurs courent sur les places, les rues et les cafés du Kosovo. Avant de devenir un État indépendant, le Kosovo doit encore obtenir sa Constitution, sa police, son drapeau, son hymne et de nouvelles institutions.

[1] Militant des droits de la personne, journaliste, basé à Prizren, Kosovo

réagir à cet article visualiser sous format pdf envoyer à un ami imprimer
>> Voir les réactions à cet article
© 1998-2008 Tous droits réservés Le Courrier des Balkans (balkans.courriers.info) - Le Courrier des Balkans, Centre Marius Sidobre, 26 rue Emile-Raspail, F-94110 Arcueil - Tél.: 09 50 72 22 26 (prix d'une communication locale) - Ce site est réalisé avec SPIP, logiciel libre sous licence GNU/GPL - À propos du Courrier des Balkans - Pour nous joindre - Politique de confidentialité