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Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens |
Depuis le 1er janvier 2008, la « Suisse des Balkans » assume la présidence semestrielle du Conseil de l’Union européenne. La Slovénie, deux millions d’habitants, fait aussi partie de la zone euro, de l’espace Schengen et de l’OTAN. C’est la première république de l’ancienne Yougoslavie à être membre de l’Union européenne et c’est le premier des nouveaux Etats membres à tenir les rênes de l’Union, avec un dossier urgent sur la table : le statut du Kosovo.
Par Christophe Solioz [1]
La Slovénie s’était déjà illustré en présidant avec succès l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) en 2005. Parmi ses priorités, figure la ratification par les 27 Etats membres du Traité de réforme de l’Union européenne adopté à Lisbonne le 13 décembre 2007. Après l’échec du Traité constitutionnel en 2005, l’enjeu de ce traité est de moderniser et rendre plus efficace le fonctionnement et l’architecture institutionnelle de l’Union. À Ljubljana, on souhaite convaincre en montrant l’exemple : la Slovénie devrait être l’un des premiers pays à ratifier ce traité sensé enter en vigueur en 2009.
Même pragmatisme en qui concerne la poursuite de l’élargissement de l’Union européenne que le traité de Lisbonne rend à nouveau envisageable. Ljubljana entend accélérer le processus d’adhésion de toutes les anciennes républiques yougoslaves. Rappel d’une parole donnée : lors du Sommet de Thessalonique (juin 2003), l’Union avait promis l’intégration aux Etats de la région. Le sens des responsabilités n’exclut pas une parfaite maîtrise du dossier : mieux que d’autres, la Slovénie connaît ces pays. Il lui revient donc tout naturellement de jouer le rôle de passeur et convaincre ceux qui, fatigués de l’élargissement, s’opposent à la création d’une Union consolidée et cohérente.
La Croatie, la Macédoine (FYROM), le Monténégro, l’Albanie et la Bosnie-et-Herzégovine sont des candidats dont l’intégration européenne ne doit pas souffrir de l’épineuse question du Kosovo. Pour mémoire : le « désir d’Europe », et donc l’adhésion, reste la principale incitation à moderniser et, surtout, à réformer en profondeur ces pays. Pour l’Union, cela équivaudrait à intégrer un pays de la taille de la Roumanie - une paille pour un retour sur investissement considérable en termes de stabilité et de sécurité.
Cinquante ans après l’entrée en vigueur du Traité de Rome il s’agit de consolider l’Union en menant à terme le processus d’élargissement. D’où la nécessité de retrouver l’élan européen qui présida dans les années 70 et 80 à l’intégration de pays eux aussi marqués par des dictatures et/ou instabilités politiques : la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Qui, aujourd’hui, remettrait en question ces adhésions qui ont contribué tant à l’essor de ces pays qu’à celui de l’Union ? Il importe de retrouver le courage politique des pères fondateurs de l’Europe pour remettre en marche le projet européen. Sans se hausser du col, Drimitrij Rupel, le ministre slovène des affaires étrangères, relève ce défi.
Serbie et Kosovo : les sujets qui fâchent
Il y a les sujets qui fâchent. La Serbie est, bien entendu, elle aussi candidate à l’adhésion ; d’autant qu’elle remplit les conditions techniques de l’adhésion. Le volet politique est évidemment beaucoup plus problématique : le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) attend toujours que la Serbie lui livre notamment le général Ratko Mladic - sans domicile fixe depuis 12 ans, mais fréquemment vu à Belgrade et en province. Si les Droits humains sont aujourd’hui moins à la mode que la mondialisation et l’écologie, il convient de rappeler que ce changement de paradigme ne peut faire l’économie de la durabilité du droit et de la justice. L’Europe, c’est aussi et surtout cela.
Il faut évidemment beaucoup de courage politique à Belgrade pour lâcher le Kosovo. L’intégration européenne de la Serbie et du Kosovo devrait faciliter cette rupture en offrant la perspective d’une régionalisation de l’ancienne province autonome du Kosovo. Plutôt que d’être rattaché à Belgrade, ce qui est depuis 1999 inimaginable, le Kosovo serait virtuellement indépendant mais sous contrôle de l’Union européenne. Après tout, les enragés de Belgrade pourraient se consoler de voir le Kosovo passer d’une dépendance à une autre ; après Belgrade, Pristina aurait des comptes à rendre à Bruxelles. Le sacrifice d’un mythe politique illusoire entraînerait une économie de taille.
L’effet domino ? Milan Kučan, ancien président de la Slovénie, faisait il y a peu (dans un texte publié dans Conflict and Renewal : Europe Transformed) la proposition d’une conférence régionale dont l’objectif serait d’aborder toutes les questions encore en souffrance dans l’espace post-yougoslave. La politique européenne a opté pour la technique du saucissonnage. Il serait temps d’entendre les sages de la région et de faire le choix d’une approche régionale cohérente dans le cadre d’une intégration européenne devenue enfin réalité.
Enfin, l’Union européenne doit s’engager beaucoup plus et gagner en efficacité aussi dans les domaines de l’énergie et l’environnement. Le pragmatisme slovène ne sera pas de trop pour faire passer courant janvier 2008 le « paquet énergie et climat » de la Commission européenne qui présente des propositions législatives sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, le négoce des droits d’émission et les énergies renouvelables.
La culture est une autre priorité de la Slovénie qui proclame 2008 l’année du dialogue interculturel. Redonner sa place à la culture peut contribuer à dépasser le rejet du politique et, à terme, œuvrer à une refondation de l’Europe. En effet, l’Europe des 27 + (soit les 27 Etats membres plus les futurs membres) constitue une ouverture sans précédent qui invite à penser l’Europe autrement. Si l’Europe se retrouve enfin aujourd’hui, elle doit aussi se réinventer - c’est dire la place de la culture et la nécessité d’établir un rapport constructif entre politique et culture. Loin d’une politique des petits-fours, l’engagement slovène sur cette question pourrait se révéler être décisif. A la suite du magistral Que veut l’Europe ? du philosophe Slavoj Žižek, la présidence slovène s’attaque - en toute modestie - à répondre à la question « Que peut l’Europe ? »
[1] Christophe Solioz est le secrétaire général du CEIS. Il vient de publier avec Hannes Swoboda Conflict and Renewal : Europe Transformed (Nomos, 2007).











