Par Simon Rico
Burhan Öcal, percussionniste emblématique de la nouvelle scène turque, s’est donné comme mission de faire de sa musique un lien entre les cultures. Quand on sait qu’il a grandi à Kirklareli, ville de Thrace (« Trakya » en Turc) à cheval entre Istanbul et la Bulgarie, ce choix paraît presque naturel tant cette région est tiraillée entre son attachement à l’Europe et l’ouverture vers l’Orient. Sa discographie, témoin de cet engagement, se révèle ainsi d’un éclectisme rare puisqu’elle s’étend de la musique classique turque du 17ème siècle à l’électro-folk, en passant par le jazz, le hip hop ou la funk. Peu d’artistes peuvent se targuer d’un CV aussi complet que celui de Burhan Öcal.
« Pour moi la musique a toujours été le moyen de mieux me connaître et de comprendre mon passé. J’ai aussi découvert qu’en utilisant quelque chose de très familier pour moi - la musique de mon peuple, je pouvais toucher beaucoup de gens. » Sur ses deux derniers disques il a donc choisi de reprendre des mélodies Rroms de son enfance en les arrangeant à la mode électronique grâce à la complicité de Smadj, producteur français d’origine tunisienne reconnu pour sa connaissance de la musique orientale et sa maîtrise des machines. Cette collaboration qui avait rencontré le succès en 2003 avec Kirklareli il siniri (plus de 30 000 disques vendus en seulement deux mois) a repris du service pour Oynamaya Geldik, dernier opus de Burhan Öcal sorti l’an dernier sur le label stambouliote Doublemoon spécialisé dans la fusion entre tradition et électro. Pas question pour la paire de rééditer un 2nd disque identique au précédent. Si Kirklareli il siniri mettait en avant le côté sombre de la musique Rrom le long de morceaux instrumentaux mélancoliques et étirés, Oynamaya Geldik fait la part belle aux voix comme à la fête et nous propose en sus quatre compositions originales. Plus concises et plus rythmées, les mélodies orientales distillées avec magie par les excellents Trakya All Stars qui accompagnent Öcal sont ainsi plus accessibles aux oreilles des auditeurs néophytes. Le mélange des genres entre les sons des instruments traditionnels et les machines de Smadj favorise le renouvellement d’un genre à l’image surannée lui offrant de fait une seconde vie.
Cette fusion, entre Dead Can Dance pour son caractère envoûtant et Balkan Beat Box pour l’énergie, sonne comme une invitation à découvrir la culture rrom, riche et pourtant méconnue. Burhan Öcal et Smadj réussissent à éviter l’écueil d’une world acculturée, sans âme, pour produire une musique originale et profonde. Sur la scène de Balkan Trafik, les deux compères se produiront ensemble, pour une prestation tant fiévreuse que groovy.


















