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Depuis 2004, la Suisse décerne un « Human Rights Award » dans le cadre du festival du film de Sarajevo. Ce prix récompense les documentaires les plus humanistes sur les crises successives qu’ont connues les Balkans. Du 30 janvier au 5 février 2008, une rétrospective des œuvres les plus marquantes de cette catégorie sera présentée au cinéma Bellevaux à Lausanne. « Une fenêtre sur Sarajevo » est un événement unique en Suisse romande et l’occasion de découvrir des films marquants. Discussion avec Antoine Jaccoud, organisateur de ce festival.
Par Corinne Martin
Personnellement parmi les femmes et les hommes à qui m’unissent des liens de sympathie parce que je leur dois une certaine provocation et donc une incitation, nombreux sont les étrangers ou semi-étrangers : sans leur présence dans notre pays, je me sentirais dois-je le dire ? Moins chez moi. Max Frisch (1966)
Cette fenêtre sur Sarajevo est conçue et organisée par Antoine Jaccoud, scénariste et dramaturge, grand connaisseur de la culture bosnienne. En 2000, au retour de missions humanitaires en ex-Yougoslavie, il effectue des interviews de survivants du massacre de Srebrenica vivant en Suisse romande. En parlant autour de lui, il est effaré par l’ignorance des gens en Suisse par rapport à l’histoire de ces personnes : « À part quelques spécialistes des questions multiculturelles, on était dans la confusion complète pour comprendre l’itinéraire de leur vie, et particulièrement celui des victimes d’un génocide. » Depuis, connaissant de mieux en mieux la grande communauté bosnienne résidant en Suisse, il construit des passerelles dans différents domaines culturels entre les deux pays. « J’ai toujours été frappé par le niveau d’éducation et de créativité qu’il a y en Bosnie, malgré l’état de dévastation sociale et économique. »
En parallèle, en Suisse, un discours populiste et xénophobe occupe de plus en plus fréquemment les devants de la scène médiatique. Les Balkans sont dans l’engrenage de l’exploitation politique menée par l’UDC et son mentor, Christoph Blocher. Pour Antoine Jaccoud, le problème de représentation est crucial : « L’enjeu est de montrer que l’ex-Yougoslavie n’est pas synonyme de voyous et des chauffards. » Pour ce festival, il s’agit également de donner une visibilité à des artistes peu ou pas diffusés en Europe occidentale : « Quand on pense au cinéma, à la musique c’est uniquement à Kusturica et Bregović et tout le folklore que cela implique. C’est comme si le cinéma français se résumait à Claude Sautet et la chanson à Charles Aznavour. »
La sélection de films serbes, bosniens, croates et bulgares atteste de la riche et prolifique production cinématographique des pays balkaniques. En développant des thématiques comme la violence et la folie avec un percutant sens de l’ironie et de l’absurde, les œuvres montrent les dégâts que les hommes sont capables d’opérer sur eux-mêmes. Autant de manières de découvrir les réalités de ces pays qui restent largement méconnues - malgré les nombreux liens qui les unissent avec la Suisse.
Et Antoine Jaccoud de conclure avec ironie : « En Suisse, on n’a pas la mer, donc on va en vacances au bord de la mer. Il n’y a pas de guerre non plus. Donc, il faudrait aller au bord de la guerre, pour être un peu plus intelligent. On en sortirait nécessairement un peu moins benêt et ethnocentriste. »
Projections :
Cinéma Bellevaux
rue Aloys-Fauquez 4
1018 Lausanne
tél : +4121 647 46 42
Programme :
www.cinemabellevaux.ch
Retrouvez toutes les informations pratiques sur le Courrier des Balkans : http://balkans.courriers.info/sousagenda9538.html













