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Alžan Pelesić, acteur de Chicago, né en Bosnie-Herzégovine, revient dans son pays pour le tournage du film Turneja (« La tournée »), nouvelle œuvre d’un des plus grands réalisateurs des Balkans, Goran Marković. Ironie du sort, lui qui a quitté la Bosnie à cause de la guerre incarne dans ce film un officier, au début de la guerre. Un entretien exclusif.

- Goran Marković
C’est un pur hasard, comme le dit Alžan Pelesić, ancien réfugié de Yougoslavie aux États-Unis et depuis six ans titulaire d’un diplôme d’acteur du Columbia College de Chicago, qu’on lui ait donné l’occasion de faire son grand retour en Bosnie-Herzégovine. Depuis quelques mois, il joue dans le film Turneja (« La tournée »), nouvelle œuvre d’un des plus grands réalisateurs des Balkans, Goran Marković, qui traite du commencement de la guerre, de l’aspect humain, avec une forte portée anti-militaire. Pour Alžan, âgé de 34 ans, c’est un double début : son premier rôle dans un film, mais aussi le premier dans sa langue maternelle. Autrefois exilé à cause de la guerre, paradoxalement, il joue un officier dans le film. Pendant une pause de tournage à Prijedor, souriant et prouvant ainsi qu’il n’a jamais perdu le sens de l’humour balkanique, Alžan nous révèle : « Je suis ici par hasard. Une partie du tournage a eu lieu à Derventa, ma ville natale, où mes parents sont revenus des États-Unis. C’est ma mère qui a établi le premier contact avec le chef de production, Tihomir Stanić, elle lui a parlé de moi, de mes rôles de théâtre à Chicago, et il a « accroché » ! Il m’a d’abord laissé quelques messages, mais j’avais du mal à y croire vraiment. Quand j’ai vu que ce n’était pas une blague, j’étais émerveillé. C’était comme dans un rêve, de pouvoir jouer avec de grands acteurs comme Mira Furlan, mon idole Bogdan Diklić et bien d’autres de cette équipe formidable, menée par le génie Goran Marković ».
Le Courrier de la Bosnie-Herzégovine (CdBiH) : Que peux-tu dire de ce nouveau rôle, et peux-tu le comparer avec ceux que tu joues normalement à Chicago ?
Alžan Pelesić (A.P.) : Je joue un officier croate, emprisonné et torturé par les Serbes, mais qui a son poids de culpabilité aussi. C’est une chose tout à fait nouvelle pour moi. Jouer un soldat. Moi, qui n’ai jamais été sous les drapeaux, qui n’a jamais tiré avec un fusil. En même temps, c’est mon premier travail au cinéma et, avant, j’ai joué surtout en anglais.
CdBiH : Jouer à Chicago, c’est comment ?

- Alžan Pelesić
A.P. : Là-bas, c’est une toute autre histoire. Il est très dur de se faire une place quand on sait qu’il y a 18.000 acteurs dans la ville, même s’il y a aussi 200 théâtres. Aussi, il est difficile de motiver les gens de notre origine à venir voir ce que je fais, avec quelques autres acteurs de l’ex-Yougoslavie. Parfois, il m’arrivait d’être sur le point de quitter les castings. Mais, on se débrouille quand même pour se trouver des rôles, plus ou moins importants.
CdBiH : En tant que réfugié, tu as fini tes études supérieures à Chicago. Comment s’est passée ton adaptation à la société américaine ?
A.P. : C’était une voie pleine de renoncements. Vraiment très difficile... J’avais dix-huit ans quand la guerre a éclaté, j’avais toute la vie devant moi. En Amérique, je souffrais tout le temps d’apprendre ce qui se passait ici. Puis, la langue anglaise m’a posé des problèmes, surtout pour ma profession, où il est indispensable de parler bien et sans accent. Parce que, si on ne parle pas bien, on doit très souvent se contenter de rôles mineurs.
CdBiH : Tu reviens en Bosnie-Herzégovine pour participer à un film qui décrit précisément le moment historique où tu as quitté le pays en 1992. Tu peux te rappeler, à travers le film, des jours desquels Turneja parle ?
A.P. : Les années 1990 ont provoqué un choc qui a même menacé d’être plus grave que tous les autres auparavant. Mais il y a, dans le film, des scènes qui me rappellent certaines personnes, celles qui avaient le courage de faire le bien. C’est de ça que je veux me souvenir aujourd’hui. C’est aussi de ça que le film parle. Si on peut montrer, faire preuve ou rappeler que c’est le bien qui prévaut dans une personne, Turneja va réussir.
CdBiH : Tu crois à la victoire du bien ?
A.P. : L’espoir est une chose dangereuse. Il peut s’écrouler en l’espace d’un instant, mais on ne peut pas s’en passer. Pour moi personnellement, rien ne marcherait sans espoir.
CdBiH : Vois-tu de l’espoir ici, après avoir passé une décennie et demie en Amérique ?
A.P. : Oui, il y a de l’espoir en Bosnie. Le tournage de Turneja a déjà eu lieu dans des petites villes comme Prijedor, Šamac, Dubica, et j’ai pu y voir les signes d’une certaine progression des esprits. On peut dire que le soleil se lève.
CdBiH : Le film Turneja est-il la seule occasion où le public local verra Alžan Pelesić ?
A.P. : Espérons que non. J’aimerais beaucoup venir et passer au moins deux-trois ans dans un théâtre dans la région. Peu importe que ce soit Sarajevo, Banja Luka ou même Prijedor.
CdBiH : En attendant cela, que vas-tu faire ?
A.P. : Je vais d’abord terminer Turneja, le tournage prendra fin en février à Belgrade. Puis, je vais me consacrer de plus à mon groupe de rock, « No issues », et j’ai bien l’intention de continuer le projet que j’ai commencé en Amérique avec mes collègues. Il s’agit d’une pièce style Charlie Chaplin, sans paroles mais avec les sous-titres sur un grand écran. Ça, c’est nouveau.













