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Norman Manea
Le retour du hooligan. Une vie
traduit du roumain par Nicolas Véron, Paris, Le Seuil, 2006, 448 pages, 21,38 euros
Mise en ligne : samedi 2 septembre 2006

Le livre commence en 1997 à New York, où l’auteur est établi depuis dix ans. Il enseigne à Bard College et hésite à accepter l’invitation de son directeur de l’accompagner pour un voyage en Roumanie. Philip Roth lui conseille d’y aller, Saul Bellow l’en dissuade. Finalement, il part dix jours dans ce pays qu’il a fui en 1986. Entre-temps, sa mère est morte, le communisme s’est effondré (du moins en apparence).

Norman Manea évoque sa vie, entre réalité et hallucination, dans un décloisonnement des temps et des époques. Né en Bucovine en 1936, il a été déporté en Transnistrie, comme tous les Juifs de la région, en 1941. Ses grands-parents y périront. À son retour, en 1945, il découvre le malaise, l’hypocrisie. Bientôt, il participe à l’aventure communiste, dont il découvre vite la face tragi-comique qui culmine avec Ceaucescu. Mais lorsqu’il choisit l’exil, l’auteur sait aussi ce qu’il perd : sa langue, seul et dernier ancrage.

Le retour du hooligan évoque soixante ans de ténèbres, celles de l’Histoire venue obscurcir une vie. Ce qui n’empêche pas un humour parfois burlesque. Le hooligan, c’est à l’origine celui de Mircea Eliade, avec sa fascination de la violence et de la mort. Mais chez Manea, cela devient la figure du rebelle, du marginal : du dissident. Pour avoir dénoncé les régimes fasciste et communiste, Manea a longtemps été taxé de « nain de Jérusalem » dans son pays.

Le livre d’un grand écrivain à découvrir.

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