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Les communistes détiennent encore le pouvoir en Bulgarie - Derniers commentaires

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    Les communistes détiennent encore le pouvoir en Bulgarie

    (par Petrana Petrova - 16 octobre 2009 21-43)

    La honte de l’UNESCO

    Né en 1965 à Sofia, Ilia Troïanov quitte la Bulgarie en 1971 pour la RFA, où sa famille obtient l’asile politique, puis grandit à Nairobi, où son père est ingénieur. Adulte, il vit à Bombay, au Cap, à Berlin, à Vienne et, depuis 1989, de nouveau à Sofia. Son premier roman, Die Welt ist groß und Rettung lauert überall (Munich, 1996), a été adapté au cinéma.

    01.10.2009 | Ilia Troïanov | Der Standard

    * Bulgarie

    ILIA TROÏANOVNous commémorons ces temps-ci un événement historique, l’effondrement, il y a vingt ans, des régimes totalitaires d’Europe de l’Est. On ne se félicitera jamais assez d’avoir vaincu le totalitarisme, mais on peut regretter que le travail de mémoire soit bloqué – littéralement bloqué, dans un pays comme la Russie, bloqué dans les têtes des hauts fonctionnaires et des dirigeants politiques de l’Est comme de l’Ouest. La désignation de la Bulgare Irina Bokova au poste de secrétaire général de l’UNESCO en est la preuve. Car on ne peut imaginer que les gouvernements qui se sont prononcés pour sa nomination n’aient rien su de sa biographie. Son père, Gueorgui Bokov, faisait partie du Bureau politique. Rédacteur en chef de Rabotnitchesko Delo (la Pravda bulgare), il était à ce titre le premier propagandiste du pays et fut un sbire dévoué du dictateur Todor Jivkov. Après l’entrée de l’Armée rouge sur le territoire bulgare, en 1944, il a traqué les opposants et a, aux dires de Mikhaïl Satev, qui a passé quinze ans en prison comme détenu politique, participé à des exécutions décrétées par des tribunaux populaires.

    Sa fille Irina a suivi sans faiblir la filière de formation des cadres du Parti, jusqu’à l’Institut d’Etat des relations internationales de Moscou [MGIMO], qui préparait, sous le contrôle du KGB, les jeunes apparatchiks du bloc de l’Est aux fonctions de diplomate ou d’agent secret. Elle a ensuite fait rapidement carrière dans la diplomatie, à Sofia et à New York, en tant que déléguée de la Bulgarie aux Nations unies, un poste qui n’était confié qu’à des personnes entièrement dignes de confiance. Peu après la chute du communisme, son parti, qui s’était entre-temps rebaptisé Parti socialiste bulgare, a mis à profit son visage neuf pour la lancer en politique, où elle a progressé jusqu’à devenir ministre des Affaires étrangères.

    On pourrait bien sûr me rétorquer qu’il n’est pas convenable de rendre les enfants responsables des actes de leurs parents et qu’il convient de reconnaître que Mme Bokova s’est muée en démocrate convaincue. Ce serait méconnaître le caractère clanique du pouvoir en Bulgarie. Dans tous les secteurs de la société, l’origine familiale est déterminante. Le Who’s Who d’aujourd’hui ressemble pour partie à une réédition d’une ancienne version, où seuls les prénoms ont changé. Cela vaut dans les hautes sphères de la politique – que l’on songe à Stanichev, longtemps Premier ministre et fils d’un autre membre du Bureau politique –, mais aussi de la justice – que l’on songe à Nikola Filtchev, procureur général de 1999 à 2006, et fils d’un officier de la police secrète chargé de superviser les prisons politiques et le goulag. Ce ne sont là que deux exemples parmi des milliers d’autres. L’économie a elle aussi été piratée par la nomenklatura après 1989. Voilà pourquoi la corruption règne en Bulgarie, pourquoi la mafia et l’Etat ont constitué une symbiose qui effraie même les bureaucrates mous de l’Union européenne.

    Ce qui est également révélateur, c’est que ni Mme Bokova ni son parti n’ont pris leurs distances vis-à-vis des crimes de l’époque totalitaire. Le Parti socialiste qui a succédé au Parti communiste n’a reconnu ni responsabilité ni culpabilité et ne s’est même pas excusé auprès des victimes. Filip Bokov, le frère de Mme Bokova, au cours d’un débat au Parlement, s’est permis une plaisanterie sur le double sens du mot vina (qui signifie “culpabilité” mais aussi “vin”) : “La culpabilité, on la prend avec les mezzés.” A-t-on vu ailleurs dans le monde un cynisme aussi ouvert après une dictature ? Filip Bokov a été conseiller du Premier ministre Sergueï Stanichev avant de chuter sur les multiples activités criminelles de son fils, impliqué dans des affaires de vol de voiture, chantage, corruption, possession illégale d’armes, drogue, etc. Il [son fils] ne fut cependant pas condamné, mais protégé par certains éléments de la police (un policier fut par la suite licencié). Lorsque le fils frappa sa propre mère, l’ex-épouse de Filip Bokov, à tel point qu’elle faillit en mourir, le père [Filip Bokov], devenu insoutenable à Sofia, fut ‘exfiltré’ comme ambassadeur en Slovénie.”

    La nouvelle secrétaire générale de l’UNESCO appartient à un petit cercle extrêmement puissant, qui a ruiné la Bulgarie et ne joue le jeu démocratique qu’aussi longtemps que ses privilèges acquis en toute illégalité ne sont pas menacés. Elie Wiesel, le survivant d’Auschwitz, a déclaré que le choix de Farouk Hosni aurait été un “scandale” pour la communauté internationale. Le 23 septembre, deux Bulgares survivants du goulag* ont déclaré que le choix de Bokova était une honte pour nous tous. L’UNESCO a réussi à passer du scandale à la honte.

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    • commentaires

      Les communistes détiennent encore le pouvoir en Bulgarie

      par Athanase - 19 octobre 2009 01-44
      Excellent article, très grand écrivain que ce Trojanow. Il méritait d’avoir le Nobel cette année et aurait eu de bonnes chances de se le voir décerner s’il avait vingt ans de plus.

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