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Il y a 18 ans, l’Albanie ne connaissait qu’un seul quotidien, La Voix du Peuple, organe de presse du gouvernement, un hebdomadaire littéraire, La Lumière, et quelques autres publications pour la jeunesse. Puis vint le pluralisme politique et sa myriade de journaux. La différence entre les uns et les autres ? Souvent difficile à détecter... Le dernier rapport de Freedom House sur la liberté de la presse dans le monde dénonce une « uniformisation » et pointe les pressions politiques sur la presse albanaise.
Par Keida Kostreci

- Sali Berisha, un « prédateur » de la liberté de la presse ? (©CdB/ M.Janković)
L’organisation Freedom House vient de publier son rapport annuel 2007 sur la liberté de la presse dans le monde. Selon ce rapport, la presse albanaise continue à être partiellement libre mais elle subit toujours des pressions politiques et économiques, les journalistes albanais ne semblent pas connaître leurs droits et l’autocensure est un phénomène très présent.
Parmi les 195 pays analysés par l’organisation Freedom House, l’Albanie occupe la 105e place pour le degré de liberté de la presse. Dans le rapport de cette organisation, il est précisé que le Premier ministre, Sali Berisha, exerce constamment de fortes pressions sur la presse proche de l’opposition. Il l’accuse souvent, sans précisions, d’être financée par des groupes issus du crime organisé.
Le rapport mentionne aussi la loi sur les transmissions digitales, très critiquée par la compagnie Top Media, dont les intérêts ont été les premiers touchés. Les organes de presse de cette compagnie ont toujours émis des critiques à l’égard du Premier ministre. Le gouvernement a voulu lui infliger des amendes, mais a reculé devant la levée de boucliers des organisations de défense des droits de la personne et de la presse.
Selon Freedom House, la liberté d’informer est garantie par la Constitution albanaise, mais les hauts fonctionnaires de l’État résistent souvent aux demandes des médias. De leur côté, les journalistes ne poursuivent pas leurs demandes et ne connaissent généralement pas leurs droits légaux.
Le Conseil national de la Radio-Télévision est toujours accusé de favoriser le gouvernement en place, alors que le personnel de ce Conseil et ses fonds de fonctionnement sont encore insuffisants. Cependant, le Conseil a été enrichi par la présence de membres de l’opposition, suite à un accord signé en 2006.
Les médias albanais continuent à présenter une grande diversité de points de vue, mais en 2007, les principaux titres ont cependant eu tendance à soutenir leurs groupes politiques de préférence. Les journalistes s’autocensurent facilement, afin de ne pas contrarier les intérêts politiques ou économiques de leurs patrons. L’OSCE signale que les tendances habituelles à la partialité des radio-télévisions se sont atténuées. Celles-ci ont reflété de manière fort équilibrée les élections locales du février 2008, bien que la représentation des petits partis a encore été insuffisante et que la couverture médiatique portait plutôt sur les personnalités que sur leurs programmes. De plus, certaines règles de base sur les publicités des partis et le silence pré-électoral n’ont pas été respectées.
Les défenseurs de la liberté de presse poursuivent leurs efforts pour convaincre le gouvernement de ne pas qualifier légalement la diffamation de délit pénal, pouvant entraîner une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. Bien que le Parlement n’ait pas approuvé ce projet d’amendement en 2005, le Premier ministre Sali Berisha a ordonné aux membres du gouvernement d’utiliser le droit de réponse plutôt que de porter plainte pour diffamation, en réaction à la partialité politique ou à des imprécisions dans les médias. Aucune plainte pour diffamation n’a été déposée en 2007.
Faiblesse économique et dépendance politique des médias
Le rapport précise aussi que l’absence de transparence dans le capital et le financement des médias expose ceux-ci à des accusations infondées d’être sous l’influence du crime organisé. La Radio-télévision publique est généralement toujours favorable aux autorités, malgré les changements de gouvernement.
Les médias écrits sont souvent ouvertement de mêche avec des partis politiques ou des groupes d’intérêt. Presqu’aucun d’entre eux ne serait capable de survivre uniquement grâce à la publicité ou aux abonnements.
Les principales télévisions dégagent beaucoup de profits, mais elles ressentent la pression des compagnies qui les financent à travers la publicité. Le marché des radios est dominé par la musique et les émissions de divertissements. Seulement quatre stations sur quarante diffusent des informations originales.
La situation des journalistes albanais n’est pas brillante. Nombre d’entre eux travaillent sans contrat, ce qui augmente l’insécurité professionnelle et encourage l’autocensure. Tous les médias pénètrent difficilement dans les zones rurales, à cause de la faible infrastructure et des problèmes économiques. Cela touche particulièrement la diffusion d’Internet, que seul 13% de la population utilise régulièrement.
Quant au Kosovo, le rapport précise que le système de licence des médias est compliqué et peu cohérent. En 2007, de nombreux incidents violents ont été rapportés et les journalistes se sont plaints de ne pas pouvoir exploiter les sources d’information publique comme ils l’auraient souhaité. La majorité des médias kosovars ont connu de grandes difficultés financières, affirme le rapport. L’indépendance rédactionnelle demeure faible, les médias sont soumis aux intérêts financiers. La Radio-Télévision du Kosovo (RTK) est, selon le rapport, particulièrement soumise aux intérêts politiques et financiers.
À l’échelle mondiale, la situation de la liberté de la presse en 2007 s’est dégradée, particulièrement dans les pays de l’ex-Union soviétique, de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne. C’est la sixième année consécutive que cette dégradation est constatée dans la presse, dans le monde entier.











