L’Albanie reste l’un des rares pays situés autrefois de l’autre côté du rideau de fer à n’avoir pas encore ouvert les archives et documents de ses services secrets du temps du communisme.
Une commission du Parlement albanais doit discuter d’un projet de loi permettant l’ouverture des dossiers des anciens services secrets de l’ère communiste.
Cependant, de nombreux anciens prisonniers politiques sont sceptiques sur l’engagement réel de la classe dirigeante actuelle à faire toute la lumière sur le passé obscur du pays.
Bien que la majorité gouvernementale, dirigée par le Parti démocratique (PD) de Sali Berisha, actuel Premier ministre, ait exprimé sa volonté d’ouvrir ces dossiers, même sans l’accord de l’opposition socialiste, ceux qui ont souffert sous l’ancien régime se posent des questions sur la véritable détermination du PD.
Fatos Lubonja, ancien dissident et écrivain, estime que l’actuelle classe dirigeante non seulement n’a aucune envie d’ouvrir ces dossiers, mais qu’elle les a détruits parce que ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir politique et culturel en Albanie sont toujours « esclaves » du passé. « C’est difficile d’oublier le passé, à part pour ceux qui ont été agents secrets et qui ont servi le régime pour assurer leur survie... Cette réalité crée un sentiment de solidarité dans l’élite dirigeante pour éviter cette question ».
Ces deux dernières années, toute une série de projets de loi ont été présentés, mais le Parlement doit encore légiférer pour l’ouverture des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays.
Il y a bien eu des débats alimentés par les accusations venues de la droite comme de la gauche pour savoir si les hommes politiques et les parlementaires actuels ont été, dans le passé, des espions, mais les projets de loi n’ont jamais fait l’objet d’un vote.
Des accusations ont fusé pour dire que le niveau de complicité de l’élite actuelle avait été si élevé que jamais on ne pourrait mener un processus indépendant pour faire toute la lumière sur les crimes d’une des plus féroces dictatures communistes de l’Europe de l’Est.
Selon Fatos Lubonja, les dossiers des services secrets auraient souvent été utilisés ces vingt dernières années pour faire du chantage politique, une méthode qui ne laisse pas indemnes les nouvelles générations de la nouvelle élite politique.
« Ces 17 dernières années, depuis la chute d’Enver Hoxha, de nouveaux dossiers pour corruption ont été utilisés comme moyens de chantage. Nous avons besoin de créer une nouvelle société saine, pour pouvoir enfin regarder droit dans les yeux les crimes du passé », affirme Fatos Lubonja.




















