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Courrier de la Bulgarie

Irina Bokova, une Bulgare à la tête de l’UNESCO

Sur la Toile :
Mise en ligne : vendredi 27 novembre 2009
La Conférence générale de l’UNESCO a confirmé l’élection d’Irina Bokova au poste de Directeur général de l’organisation, jeudi 15 octobre. Elle succède au Japonais Koïchiro Matsuura, et pense déjà réformer cette institution. Portrait de ce personnage politique bulgare et aujourd’hui international.

Par Tristan Lefilleul

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Tema©

A la suite d’une longue campagne électorale et de cinq tours d’élections, Irina Bokova a été élue Directrice générale de l’UNESCO, face au favori, l’Égyptien Farouk Hosni. Elle marquera l’histoire de l’organisation en étant la première femme à occuper cette fonction et le premier élu originaire de l’Europe de l’Est [1].

« Ce n’est qu’une victoire dans le cadre d’une élection et je vais continuer à travailler pour les convaincre que pour moi, la tolérance, le dialogue, la diversité culturelle et toutes les formes de diversité sont des choses très importantes. C’est la base des valeurs de l’UNESCO », a déclaré Irina Bokova, évoquant certaines spéculations post-électorales, lors d’une interview pour la Radio nationale bulgare. Cette victoire représente sans doute pour elle le point culminant de sa carrière politique et internationale.

Fille de Gueorgui Bokov, important militant du Parti communiste bulgare et ancien rédacteur en chef du journal du Parti communiste, Rabotnitchesko Delo, sœur de Filip Bokov, ancien chef de cabinet du Premier ministre Sergeï Stanichev, et aujourd’hui ambassadeur de Bulgarie en Slovénie, Irina Bokova avait une carrière et une appartenance politique bien définies.

Son parcours universitaire se fait entre la Russie et les Etats-Unis, avec un MBA en Relations internationales à l’Institut d’Etat des Relations internationales de Moscou en 1976 et plusieurs programmes de formation à l’Université du Maryland en 1989 et à Harvard en 1999. Les étapes de sa carrière s’enchaînent rapidement et logiquement. « Sur le plan personnel, quand j’entreprenais un projet, je me disais toujours : il faut que je le termine et tout ira bien. Et ma mère répondait : toute la vie se déroule ainsi », explique-t-elle dans une interview à la revue Tema [2].

Une carrière politique et professionnelle entre la Bulgarie et l’Occident

Elle gravit parallèlement les échelons de l’administration du ministère des Affaires étrangères, où elle débute sa carrière professionnelle en 1977 en tant qu’attachée et troisième secrétaire au département « ONU et désarmement ». L’ONU devient sa spécialité, puisqu’elle prend part aux principaux travaux de l’organisation (égalité de la femme, réfugiés, droit au développement, etc.). Ainsi, elle sera troisième secrétaire de la Représentation permanente de Bulgarie auprès de l’ONU à New York de 1982 à 1984 [3].

À son retour, elle se rapprochera peu à peu du poste de ministre des Affaires étrangères. Elle occupe successivement les postes de troisième et second secrétaire au sein du même département du ministère entre 1984 et 1986, puis devient conseiller du ministre jusqu’en janvier 1990. Au département de Sécurité européenne, en sa qualité de Premier Secrétaire, Irina Bokova se rend à plusieurs rencontres de l’OSCE à l’étranger entre 1991 et 1992.

Il est important de rappeler qu’elle se présente pour la première fois aux premières élections pluralistes en 1990 en tant que candidate du parti socialiste (BSP) [4]. Elle est élue député au scrutin majoritaire dans la circonscription de Generaltchevo à la Grande Assemblée Nationale, où elle prend part à d’important travaux sur la Nouvelle constitution, sur les droits de la personne, en tant que membre du comité des Droits de la personne ou encore comme initiatrice du premier séminaire parlementaire sur la Déclaration européenne des Droits de la personne.

Après 1992, Irina Bokova interrompt durant trois ans sa carrière politique et administrative pour des raisons que l’on ignore. Elle aurait travaillé pendant cette période pour des entreprises privées.

1995 fut l’année de son grand retour. En deux ans, elle est nommée Secrétaire du Comité pour l’intégration européenne et Secrétaire du Conseil des ministres chargée de la coordination en matière européenne. Avec la démission de Gueorgui Pirinski en novembre 1996, Irina Bokovo lui succède et accède au poste de ministre des Affaires étrangères jusqu’en février 1997.

Ces années passées à travailler sur l’Union européenne lui permettront de devenir une référence importante sur la question « bulgaro-européenne ». Elle est invitée à de nombreuses conférences à l’étranger organisées en partie par l’Institut d’études européennes Robert Schuman de Florence.

Irina Bokova est la fondatrice et la présidente du « Forum de politique européenne » à Sofia, une Organisation non-gouvernementale qui a pour objectif de promouvoir l’identité et les valeurs européennes à travers des recherches, des discussions, des conférences... Malgré son agenda déjà très chargé, elle est élue en 2001, députée pour « Coalition pour la Bulgarie ».

En tant que membre du Parlement, elle devient Vice-présidente de la commission des Affaires étrangères, de la Défense et de la Sécurité. Au cours d’une audition par le Sénat en 2002, alors qu’elle est membre d’une délégation parlementaire bulgare, elle se prononce au nom du PSB en faveur l’entrée de la Bulgarie dans l’OTAN et l’UE. Elle continue à travailler dans ce sens jusqu’à la prochaine date clé de sa carrière, juin 2005, où elle est nommée par le Président Gueorgui Parvanov ambassadeur de Bulgarie en France. Désormais, c’est à partir de Paris qu’elle va défendre son pays et son adhésion à l’UE.

« La France est la Bulgarie sont dans une étape de découverte mutuelle »

C’est ce que constate Irina Bokova à travers ses yeux d’ambassadeur. Selon elle, la France cherche à mieux connaître les nouveaux pays membres de l’Europe de l’Est. Durant ces dernières années elle a été invitée de nombreuses fois à des conférences, des tables rondes, des présentations… En travaillant sur la diffusion de la culture bulgare, Irina Bokova rééquilibre un peu l’image de son pays, trop souvent présenté en Europe de l’Ouest à travers des articles de presse traitant de sujets douloureux. Dans ce but, elle inaugure par exemple une exposition intitulée « Condamnés et rescapés », consacrée au sauvetage de 48.000 juifs bulgares pendant la seconde guerre mondiale.

En sa qualité de Délégué permanent de la République de Bulgarie auprès de l’UNESCO, elle inaugure le spectacle de danses et de chants folkloriques « La Bulgarie chante et danse », dédié au patrimoine culturel immatériel de la Bulgarie et interprété par la troupe « Pirin ». C’est avec un esprit positif, avec intelligence et dynamisme qu’elle se lance sur le chemin des élections pour le poste de Directeur général de l’UNESCO.

Lorsqu’elle travaillait pour la rentrée de la Bulgarie dans l’UE, elle avait annoncé que le pays devait y rentrer par la grande porte. Aujourd’hui « nous pouvons la saluer pour avoir atteint le sommet de l’UNESCO, sans avion politique, sans marchandage, sans adversaires masqués », note un article de Trud [5].

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Irina Bokova, Gueorgui Parvanov, Benoît XVI

Pendant sa campagne, elle fit presque le tour du monde, visitant plus de 45 pays, pour présenter sa candidature pour la tête de l’UNESCO. Elle accompagne le Président Gueorgui Parvanov au Japon pendant sa visite officielle, puis elle se rend au Chili pour rencontrer le ministre de la Culture, Paulina Urrutia, en passant par Rome, où elle rencontre le Pape Benoît XVI. L’Etat bulgare l’a soutenu jusqu’au bout, en versant 100.000 levas pour financer sa campagne et en la représentant à l’étranger.

La nouvelle Directrice générale de l’UNESCO parle couramment quatre langues, le russe, l’anglais, le français et l’espagnol. Elle est mère de deux enfants, mariée à Kalin Mitrev, banquier à Londres, qu’elle voit quand l’un d’entre eux à le temps de passer sous la Manche. Lors de sa victoire dans les couloirs de l’UNESCO, ses proches étaient présents pour la féliciter. Après les efforts de la lutte électorale, le temps était aux émotions fortes et à la joie. « Lorsque j’ai contacté certains de nos dirigeants en Bulgarie […], ils m’ont dit que les feux d’artifices de notre fête nationale avaient retenti en même temps que l’annonce de mon élection. Je leur ai répondu que c’était mon cadeau pour la fête nationale et pour la Bulgarie. [6].