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To Vima / To Ethnos

Grèce : le gouvernement Papandréou à l’épreuve de la rue

Traduit par Laurelou Piguet
Sur la Toile :
Mise en ligne : vendredi 12 mars 2010
La situation sociale se tend en Grèce après l’annonce le 3 mars du plan Papandréou visant à sauver l’économie nationale. Hausse de la TVA, gel des salaires et des retraites, coupes budgétaires, les mesures d’austérités sont extrêmement dures et vont à l’encontre des promesses du Pasok pour les législatives du 4 octobre 2009. Le marché aurait-il plus de poids que l’intérêt des citoyens ? C’est en tout cas ce que reproche la rue au nouveau gouvernement.

Plus de 30.000 personnes ont manifesté à Athènes à l’appel de la GSEE (Confédération générale des travailleurs de Grèce, 1er syndicat du pays NdT) et l’ADEDY (syndicat des employés du secteur public, 2e centrale nationale NdT) au centre d’Athènes pour protester contre les nouvelles mesures économiques décidées par le gouvernement de Yorgos Papandréou.

90% de grévistes selon les organisateurs

La grève, qui concernait les salariés de toutes les branches du secteur public et privé, des employés des administrations publiques aux policiers, en passant par les enseignants, les pompiers, les médecins et infirmières, les médias, les transports en commun,etc. a connu une participation massive. Selon la GSEE, le taux de participation à la grève a été de près de 90%. Les slogans principaux des manifestants étaient : « Les hommes et leurs besoins doivent primer sur la loi des marchés », « Rendez-nous l’argent volé », « Que les riches paient pour la crise », « Rien ni personne n’intimidera les travailleurs ».

Le président de la GSEE, dans son discours sur le Champ de Mars avant le départ du cortège, a parlé d’un front commun des travailleurs des secteurs privé et public, des retraités et des jeunes.De nombreux étudiants ont également participé à la manifestation. Il a qualifié les mesures d’injustes et d’antisociales, et a prévenu le gouvernement qu’il ne devait pas toucher aux droits sociaux. Selon lui, ce mouvement de grève doit aussi être un message lancé aux employeurs de cesser les licenciements et les attaques aux droits du travail.

Le soutien de la Confédération européenne des syndicats

L’un des dirigeants de la GSEE a également parlé d’une tentative de suppression de tous les acquis sociaux inédite depuis la chute de la dictature, et de mesures qui ne font qu’augmenter le problème du déficit et de la dette. Il demande aux syndicats de continuer la lutte jusqu’à ce que le Programme de stabilité soit revu. Le comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats, réunie à Bruxelles, a envoyé son soutien aux travailleurs grecs et au combat de leurs syndicats contre les mesures partiales, sévères, injustes et inefficaces de coupes des salaires et des droits.

De graves incidents et de nombreux dégâts matériels ont été constatés pendant cette journée d’action. Dès le départ du cortège athénien, à Exarchia, les premiers incidents ont éclaté entre des anticapitalistes et la police. 16 personnes auraient été emmenées par la police, dont 9 ont finalement été arrêtées et seront présentées aujourd’hui devant le procureur. 13 policiers et un manifestant auraient été blessés. La police a été l’objet de jets de pierres, de cocktails Motof et divers objets. Six magasins, trois banques, quatre hôtels et des voitures ont été endommagés à Athènes au cours de ces échauffourées.

A Thessalonique, où des rassemblements ont été également été organisés, des groupes d’environ 100 anarchistes et anticapitalistes se sont introduits au coeur du cortège. Ils ont cassé des vitres de plusieurs magasins. La police a fait usage de produits chimiques pour les repousser.

Comment le gouvernement grec combat-il la crise ?

To Vima, le 07 mars
par Stavros Psycharis

Les mesures que le gouvernement a annoncées pour affronter la crise financière latente sont justifiées de plusieurs façons. L’Etat n’a pas d’argent, il n’a même pas de quoi payer les salaires de ses fonctionnaires. C’est pourquoi il est obligé de se plier aux demandes des pays étrangers auprès desquels il demande des emprunts. Il n’y a pas de doute que même s’il y a quelques petites injustices évidentes, dans certains cas, ces mesures strictes ne sont qu’un … remboursement.

Expliquons-nous. Beaucoup de salariés – mais pas tous – qui travaillaient dans les administrations publiques, ont reçu des salaires qui dépassaient les limites du budget de l’état. Quand en peu d’années, la période pendant laquelle Nouvelle Démocratie est restée au pouvoir, les dépenses pour les rémunérations de ces salariés ont augmenté, dépassant largement les limites autorisées.

Cela est passé par des embauches massives et une politique irresponsable dont il faut aujourd’hui payer le prix. Ainsi, on peut dire que, même s’il est inhumain de réduire les revenus de salariés qui sont déjà peu payés, la relation de cause à effet est indéniable. L’argent ainsi retiré aux agents qui travaillent pour l’État et les administrations publiques restera dans les caisses publiques, d’où il n’aurait jamais dû sortir[…]

Le plan Papandréou : un coup d’épée dans l’eau

To Ethnos, le 08 mars
par Kostas Chrysogonos, professeur de Droit à l’Université de Thessalonique

Les coupes dans les salaires et les augmentations de la fiscalité que le Premier ministre a annoncées le 3 mars, et que la majorité parlementaire s’est empressée de voter, montrent assez que le Pasok a renoncé à ses promesses électorales, cinq mois après les élections du 4 octobre 2009. On voit ainsi concrètement que dans l’exercice du pouvoir, ce ne sont pas les intérêts du peuple - qui n’a le pouvoir qu’en apparence - qui priment, mais les ordres imposés par des marchés financiers, en particulier dans un pays surendetté.

Les nouvelles mesures, dans leur ensemble, servent à éteindre l’incendie. Mais elles ne touchent pas aux fondements du système de clientélisme qui produit le surendettement, comme par exemple les trop nombreuses embauches de personnel des administrations publiques faites sans que la procédure de sélection et de recrutement soit respectée, ou encore la petite et la grande corruption, au niveau des salariés et des politiques...

Elles n’arrêtent pas l’hémorragie financière de dizaines d’entreprises, en déficit pour les mêmes raisons, qui sont contrôlées directement ou indirectement par l’État. Elles ne limitent pas le gaspillage de l’argent public généré par des ordonnances de plus en plus longues de médicaments inutiles et dangereux au profit de l’industrie pharmaceutique. En d’autres termes, ces mesures de grande ampleur, qui sont lourdes à supporter pour la société, reviennent à jeter de l’eau dans un tonneau sans fond.

En outre, cette série de mesures est injuste et improductive. Par exemple, la classe politique dont le comportement irresponsable est à l’origine même du problème, garde intacts ses privilèges scandaleux, comme l’exonération d’impôts des revenus des députés […] D’un autre côté, pourtant, elle augmente la TVA, déjà élevée en Grèce par rapport à la moyenne européenne. Un impôt qui pèse autant sur les nantis que sur les miséreux consommateurs, sur les entreprises lucratives ou déficitaires. Le pire est que les mesures du 3 mars ne donnent à l’État, menacé par l’asphyxie financière, qu’un répit provisoire.

La semaine qui a suivi leur annonce, la nouvelle tentative d’emprunt de l’État grec a formellement réussi, puisque il est parvenu à réunir la « modique » somme demandée par les marchés. En réalité il s’agit d’un échec puisque les taux d’intérêt ont encore été augmentés. Ils sont maintenant le double de ceux demandés à sa concurrente, l’Espagne, le même jour. Il est évident que l’économie grecque ne pourra pas supporter encore longtemps d’emprunter à des conditions si dures. […]