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Le Courrier de la Serbie
Srebrenica : « Une paire de chaussures – une vie »Sur la Toile :
Mise en ligne : samedi 10 juillet 2010
Vieux souliers, babouches, tennis éculées… Les chaussures formaient une ligne de deux cents mètres dans le centre de Belgrade. Comme chaque année, les Femmes en Noir de Belgrade ont pris la route de Srebrenica, pour participer aux cérémonies du quinzième anniversaire. Jeudi soir, elles avaient pris cette initiative dans la capitale serbe à la mémoire des victimes.
Par Philippe Bertinchamps
« Une paire de chaussures – une vie » est une initiative des Femmes en noir, une organisation de féministes mobilisées contre les crimes de guerre. « Le but de cette action est de créer un espace pour 8372 paires de chaussures, ce qui correspond à la liste préliminaire des personnes disparues à Srebrenica », explique Nataša Lambić, une activiste des Femmes en noir. « Donner une paire de chaussures revient à accepter que le génocide a eu lieu et à témoigner de sa solidarité et de sa compassion », dit-elle. Les chaussures, déposées par des citoyens serbes, étaient accompagnées d’un message manuscrit destiné aux familles des victimes de Srebrenica. « Nous vivons dans le souvenir de vos morts et de votre douleur », « Vous n’êtes pas seuls », « Nous ne vous oublierons pas », pouvait-on lire. « Cette action est une première étape. À présent, nous allons demander aux autorités de Belgrade d’ériger un monument permanent aux victimes du génocide de Srebrenica », ont annoncé les Femmes en noir. Pour ces militantes, la Déclaration de condamnation du crime de Srebrenica, adoptée par le Parlement serbe le 31 mars 2010, témoigne plus des « dictats politiques imposés par l’Union européenne » que d’un « respect sincère pour les victimes du génocide ». « Nous pensons qu’il est très important de constamment mobiliser les citoyens et de rappeler ses devoirs au gouvernement. La société serbe vit dans le déni et les institutions évitent de se confronter au passé. Refuser de qualifier le massacre de Srebrenica de génocide revient à le considérer comme un crime de guerre parmi d’autres et à fuir ses responsabilités », estime Nataša Lambić. La veille, l’organisation avait été menacée par le groupuscule d’extrême droite Naši. L’action « Une paire de chaussures – une vie » s’est déroulée en présence de la police. Aucun incident n’a eu lieu, malgré une contre-manifestation de jeunes portant drapeaux serbes et tee-shirts à l’effigie de Radovan Karadžić. Des activistes des Femmes en noir se sont ensuite rendues en bus à Nezuk, près de Tuzla, en Bosnie-Herzégovine, pour une « marche pour la paix » de trois jours jusqu’à Srebrenica. Chaque 11 juillet depuis 2002, les Femmes en noir se rendent au mémorial de Potočari, parfois au prix de nombreuses difficultés, comme l’explique Ljiljana Radovanović au micro de Balkanophonie. Retrouvez notre dossier « 1995-2010 : il y a quinze ans, Srebrenica » |
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