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Yusuf Erçin Sönmez alias ’Docteur Vautour’ : « je ne suis pas un nouveau Mengele ! »

Traduit par Persa Aligrudić
Sur la Toile :
Publié dans la presse : 13 janvier 2010
Mise en ligne : lundi 17 janvier 2011
Le chirurgien turc Yusuf Erçin Sönmez, inculpé dans l’affaire de la clinique Medicus de Pristina, confirme qu’il se trouvait bien à Pristina en 2008, mais dément toute participation à un quelconque trafic d’organes. Il a accordé une interview au quotidien serbe Večernje Novosti.

Par Marko Prelević

« Il est vrai que j’ai effectué un court séjour au Kosovo en 2008 et que j’ai travaillé à la clinique privée Medicus près de Pristina, mais uniquement en qualité de chirurgien. Je n’ai participé à aucun trafic d’organes. Je n’ai jamais rencontré Hashim Thaçi, ni collaboré avec lui d’aucune manière, encore moins dans une affaire inhumaine ».

C’est ainsi qu’a débuté ce jeudi notre entretien téléphonique avec Jusuf Sönmez. Il nous a confirmé qu’il se trouvait dans sa villa de trois étages du quartier de Kartel, un arrondissement résidentiel de la rive asiatique d’Istanbul, où il est revenu après une garde à vue de 24 heures. Il se considère comme un homme libre et innocent.


Retrouvez notre dossier : Trafic d’organes de l’UCK : « Au Kosovo, tout le monde est au courant »


Le docteur Jusuf Sönmez, également connu sous les noms de « docteur Vautour » ou « docteur Frankenstein » est accusé d’avoir fait partie du réseau international du trafic d’organes humains, dans lequel est aussi impliqué le Premier ministre Hashim Thaçi.

Dans un parfait anglais, l’homme que les médias du monde, surtout la mise en accusation d’Eulex, ont qualifié d’être le principal chirurgien d’Hashim Thaçi, dit qu’il sait qu’il fait la une des médias tant en Serbie qu’en Turquie. Mais pour de fausses raisons.

« Il est vrai que je connais les hommes dont les noms sont mentionnés dans l’acte d’accusation. L’un d’entre eux, Lutfi Dervishi était le patron de la clinique Medicus. C’est lui qui m’a proposé en 2008 de venir au Kosovo afin de procéder à des interventions, car beaucoup de patients du Kosovo et d’Albanie se rendaient en Turquie pour y être opérés. C’est pourquoi Dervishi a pensé qu’il était préférable d’organiser les interventions à Pristina.

Jusuf Sönmez répète que toutes ses interventions étaient conformes à l’éthique médicale, incluant toutes les autorisations nécessaires. Y-a-t-il eut avant ou après son séjour un trafic d’organes vendus au marché noir au prix unitaire de 100.000 €, il ne le sait pas.

« Mes deux meilleurs amis sont Serbes, ce sont d’éminents médecins. Je ne peux pas vous dire leur nom pour ne pas leur causer de désagrément. Je peux seulement vous confirmer qu’ils me croient », conclut le docteur Sonmez. Et d’ajouter : « saluez bien Belgrade. J’y suis déjà venu, à l’époque c’était la Yougoslavie, et j’ai séjourné dans votre capitale en revenant d’un voyage d’Istanbul à Cologne ».

« Vu le contexte actuel, il est évident que je regrette d’avoir accepté cette proposition. Et j’espère que je ne remettrai plus jamais les pieds sur le sol du Kosovo.

Jusuf Sönmez est conscient d’être impliqué avec Hashim Thaçi, accusé par le rapporteur du Conseil de l’Europe Dick Marty d’être à la tête du groupe criminel qui se livrait au trafic des organes prélevés sur les prisonniers serbes pendant le conflit du Kosovo.

« Je suis au courant de l’accusation lancée contre Hashim Thaçi. Je n’en connais pas les détails, mais je jure sur tout ce que j’ai et sur tout ce en quoi je crois que je n’ai rien à voir avec la « maison jaune », ni avec les organes des Serbes. Je voudrais que tout le monde en Serbie sache que je ne suis pas un monstre. Je n’ai jamais vu cet homme et je n’aimerais jamais le rencontrer ».

Quant aux accusations auxquelles il est confronté dans son pays, Jusuf Sönmez ne veut pas en parler. Il affirme que ce sont des diffamations des médias et qu’elles n’ont rien à voir avec la vérité. Néanmoins, il ne nie pas avoir fait l’objet d’un mandat de recherche par Interpol. « En fait, je n’avais pas répondu a la convocation du tribunal d’Eulex. Franchement, il ne me vient pas l’idée de faire une chose pareille. Je ne crois pas aux institutions kosovares, ni au fait qu’un pays qui est tellement embourbé dans la criminalité, puisse assurer un procès loyal. Quand bien même ce serait sous l’égide de l’Europe et des Nations Unies » affirme catégoriquement ce médecin turc.

Une remise en liberté « honteuse »

La décision du tribunal turc de laisser en liberté Jusuf Sönmez jusqu’à son procès est une honte, a déclaré ce jeudi 13 janvier Marko Jakšić, vice-président de la Communauté des municipalités serbes au Kosovo. Cela ne contribuera pas à élucider les crimes qui ont été commis sur les civils serbes.

Jusuf Sönmez sera en Turquie jusqu’au début d’un éventuel procès. Dans sa maison il est en compagnie de son épouse lituanienne, raison pour laquelle le chirurgien possède la nationalité de ce pays, et sa fille de 18 mois.

« Je dirai au juge d’instruction tout ce que je sais. Mais uniquement devant le tribunal d’Istanbul, et non pas à des pseudo institutions du Kosovo. Ce n’est que de cette façon que la vérité éclatera. Vous me dites que je dois prouver mon innocence. Non, c’est à eux de prouver que je suis coupable. Et vous verrez que c’est impossible. Ma conscience est tranquille, et celle de l’homme et celle du médecin.

  •  Sept personnes sont accusées d’avoir fait partie d’un réseau international qui promettait à des pauvres du monde de percevoir 20.000 dollars en échange d’un de leurs reins.
  •  Outre Jusuf Sönmez et l’israélien Moshe Harel, qui était le principal « organisateur » de l’affaire, cinq Albanais kosovars sont impliqués : Ilir Recaj, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Santé, Ljutvi Dervishi et son fils Arban et les médecins Sokol Hajdini et Driton Jilta.
  •  L’enquête du Parquet spécial de l’Eulex est toujours en cours, de sorte qu’il n’est pas exclu que la liste puisse être élargie.
  •  Klinika klanica (la clinique abattoir) est mentionnée dans les rapports de Dick Marty.
  •  Des soupçons pèsent sur Hashim Thaçi d’être derrière toute cette affaire, et le groupe a reçu le soutien du Premier ministre albanais Sali Berisha.Jusuf Sönmez