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Le Courrier des Balkans

Roumanie : un référendum qui vaut de l’or

De notre correspondant à Bucarest
Sur la Toile :
Mise en ligne : mardi 20 novembre 2012
Les habitants du département d’Alba Iulia devront se prononcer, à l’occasion d’une consultation populaire le 9 décembre prochain, sur la relance de l’exploitation aurifère dans la petite localité de Roşia Montană. Un référendum local pour trancher une question d’intérêt national, qui préoccupe notamment les mouvements environnementalistes, opposés à cette industrie particulièrement polluante.

Par Matei Martin

« Etes-vous d’accord avec l’exploitation minière à Roşia Montană ? » Voilà la question précise à laquelle les habitants du département d’Alba Iulia seront invités à répondre ce 9 décembre, le jour même des élections législatives. C’est une question qui, en effet, préoccupe depuis des années l’opinion publique en Roumanie.


Retrouvez notre dossier :

L’environnement dans les Balkans, un problème oublié


La petite localité transylvaine est, littéralement, une mine d’or. Une vraie mine d’or, exploitée jusqu’à l’épuisement au Moyen-Âge. Une compagnie canadienne établie depuis 1997 en Roumanie – la RMGC – veut recommencer l’exploitation aurifère en carrière ouverte pour récupérer ce que les spécialistes envisagent être le plus grand dépôt de métaux précieux en Europe : 300 tonnes d’or et 1600 tonnes d’argent.

L’extraction suppose cependant une procédure très dangereuse pour l’environnement, la « lixiviation ». L’emploi de cyanure dans le processus d’extraction peut causer une pollution irrémédiable des nappes phréatiques. De plus, les excavations supposent l’expropriation de plusieurs résidants et la destruction de sites historiques.

Plusieurs organisations non-gouvernementales s’opposent à ce projet en invoquant les risques écologiques et patrimoniaux. La RMGC a su apaiser les critiques de ces ONG ainsi que les campagnes d’information en achetant de la publicité dans les grands journaux, en échange d’un moratoire sur les questions sensibles.

Des référendums locaux très rares

Le lobby pour une réouverture des travaux est fort – et les partis politiques hésitent à tenir une position ferme. Le chantier est largement instrumentalisé dans le discours politique, les partisans du « oui » et du « non » se prononcent en fonction du public et de la conjoncture. Seul le parti qui représente la minorité hongroise (UDMR) s’est déclaré contre le projet minier.

Une consultation populaire sur ce sujet est une première en Roumanie : jamais il n’y a eu de référendum sur un tel enjeu, et les référendums locaux sont, de toute façon, très rares en Roumanie. 72 000 personnes provenant de 35 villes et communes de la région sont donc invitées à se prononcer, ce 9 décembre, sur l’opportunité du grand projet minier de Roşia Montană.

Un chantier qui va créer quelques centaines d’emplois durant quelques années – une promesse attrayante pour ces familles de mineurs qui vivent de l’assistance sociale – et, cela est presque sûr, d’énormes dégâts écologiques.

Une fois de plus, la jeune démocratie roumaine est soumise à un difficile examen, car la justesse de ce référendum local est discutable. Les revendications légitimes de ces anciens mineurs en quête d’un emploi sont-elles au dessus des prétentions tout aussi légitimes du reste de la population, qui désire un environnement propre ? Le 9 décembre, la majorité d’une minorité décidera sur une question à portée nationale.