Poète et écrivain, Elias Petropoulos était aussi un anthropologue, un ethnologue, un collectionneur. Avec plus de 80 ouvrages, il s’est intéressé à la Grèce inconnue des tours opérateurs et des touristes. Il y a travaillé sur le rebetiko, musique rebelle venue en Grèce en 1922 avec les réfugiés d’Asie Mineure. Musique interdite durant les différentes dictatures militaires. Mais aussi, sur les prisonniers, les voleurs, les homosexuels, les vieilles tombes, les chapeaux…
Anti-nationaliste convaincu et militant, il a été plusieurs fois condamné par la dictature des colonels pour ses écrits libertaires et « mal pensant ». Aujourd’hui on dirait « politiquement non correct ». Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues, en particulier dans les pays voisins de la Grèce. Jacques Lacarrière écrivait de lui, comme épitaphe : « …La constance et la ferveur de son culte pour les deux havres de sa vie : la femme et le trésor des mots ».
Christophe Chiclet
Poème écrit en hommage à Elias Petropoulos
Par Jordan Plevnes, auteur dramatique, actuellement Ambassadeur de Macédoine en France
Lamentation balkanique pour Elias Petropoulos
Indépendamment du fait qu’Elias Petropoulos (1928-2003)
Ait écrit dans son testament
Que lorsqu’il mourra à Paris
Son amour Mary Koukoules
Devra incinérer son corps
Et jeter ses cendres dans les égouts
Je pense le contraire
Que le peuple fraternel grec
Doit garder ses restes
De cette cérémonie à laquelle
Nous assistons aujourd’hui au Père Lachaise
Et d’ériger de cette manière
Son premier monument fait de cendres
Après trois décennies d’exil
Equivalentes à trois millénaires de souffrance.
De ces cent grammes de cendres dans l’urne
Qui ont écrit tous ses soixante livres
Chaque peuple balkanique
Devrait en recevoir au moins un gramme
Pour que l’on puisse accomplir le syncrétisme balkanique
Non pas par la mort, mais par les danses et les chants.
En commençant par la voix mythique de la Macédoine
Qu’il avait reconnue à jamais
La Bosnie-Herzégovine pour les chansons
Qui résonnent au delà de ses charniers
La Bulgarie, pour laquelle il avait écrit
Qu’elle dévoile les mystères des ballades balkaniques
La Serbie et le Monténégro à cause de leurs fresques
Qui chantent aux murs des monastères
L’Albanie en tant que trésor des chants polyphoniques
La Roumanie pour ses virtuoses légendaires
Et la Turquie, le berceau du délire musical balkanique
Sans oublier le peuple juif des Balkans
Eparpillé aujourd’hui entre Paris, Jérusalem et New York
A lui aussi, pour des raisons musicales
Le droit d’avoir un gramme de ses cendres.
Le lieu idéal pour la lamentation balkanique
En hommage à Elias Petropoulos
Est la place « Vardar » de Salonique
Où un orchestre balkanique jouera au lieu de pleurer
Et où retentira le chant du « Rebetiko »
De la fabuleuse Sotiria Bélou
Qui nous hypnotisera jusqu’à nous évanouir
Sans exception.
Elias Petropoulos disait :
Tant que les peuples balkaniques ne s’habitueront pas
A estimer leurs esprits immortels
Ils ne pourront que sortir, et non pas entrer en Europe.
Il m’avait dit
Lorsqu’on enterrait Fellini à Rome ;
Les eaux de la Méditerranée
Transformées en larmes
Ne sont pas suffisantes
Pour l’Amarcord balkanique
Si les larmes des uns
Ne deviennent pas les larmes des autres
Nous ne pourrons plus jamais restaurer la civilisation balkanique.
Faites place, je vous prie
Elias Petropoulos
En état de cendres
Et immortel, se ballade
Sur les routes entre les Balkans et l’Eternité !
Paris, 13 septembre 2003.


















