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Evenimentul Zilei
George Banu, le « Prospero » franco-roumain de la critique théâtrale
Traduit par Mihaela Manda
Publié dans la presse : 8 novembre 2007
Mise en ligne : lundi 24 décembre 2007
Sur la Toile

Georges Banu, longtemps président de l’Association internationale des critiques de théâtre, accumule les distinctions honorifiques. Ce critique roumain installé en France depuis de longues années a récemment publié La scène surveillée, un essai à la frontière de l’esthétique et de la pensée politique. Rencontre à l’occasion du dernier Festival de théâtre de Bucarest.

L’Université nationale d’art théâtral et cinématographique de Roumanie lui a décerné la distinction de Doctor Honoris Causa, « Laudatio George Banu - un Prospero du théâtre ». Prospero, l’un des personnages les plus complexes de toute la littérature dramatique, le protagoniste de La Tempête de William Shakespeare, invite en effet à la solidarité humaine, à la générosité et à l’exemption.

George Banu est ainsi reconnu comme le prototype du critique de théâtre humaniste, d’une culture encyclopédique, un véritable repère du monde théâtral roumain et européen.

Professeur à la Sorbonne, lauréat de nombreux prix, couronné trois fois par la critique Française et par l’UNESCO, George Banu a été élu pour trois mandats successifs président de l’Association Internationale des Critiques de Théâtre. En Roumanie, il a récemment reçu le Prix Prometheus pour son opera omnia, Arts du Spectacle, récompensé de 30 000 €.

Le spécialiste estime que l’interprète de Méphisto dans le spectacle Faust, Ofelia Popii, est la révélation du théâtre roumain des derniers temps, et que le Festival national de Théâtre s’est polarisé autour de deux grands spectacles : Faust, mis en scène par Silviu Purcãrete, et La vie à côté d’un idiot, par Andriy Zholdak.

Evenimentul Zilei (EZ) : Comment vous sentez-vous en tant que « Prospero » du théâtre ?

Georges Banu (GB) : J’aime paraphraser, comme je l’ai déjà avoué, une phrase célèbre d’une comédie de Shakespeare, La Tempête, où l’on dit que nous sommes créés par la matière de nos rêves. Par conséquent, nous, les critiques de théâtre, nous sommes créés par la matière des spectacles que nous avons vu. Le Prix Prometheus a également été une surprise tout à fait inespérée, j’en ai été vraiment ravi. Comme représentant modeste du théâtre, comme critique et non pas metteur en scène, j’ai le sentiment que l’on a fait aussi honneur à un art qui est d’habitude mal estimé. Je suis très content qu’on admette, finalement, le fait qu’en Roumanie le théâtre appartient entièrement au système des arts.

EZ : Quels spectacles vous ont le plus impressionné jusqu’à présent au festival ?

GB : Outre La Trilogie juive, par Maniuţiu, La mouette, par Andrei Şerban ou Le parrain, par Sandu Dabija, avec Ada Milea, ce qui m’a beaucoup impressionné, c’est la première partie de Faust - une réflexion profonde sur l’homme, sur la culture et, particulièrement, sur le démonisme. Ce spectacle est fort intéressant parce qu’il parle aussi de Méphisto. Un grand événement, un choc pour moi, a aussi été La vie à côté d’un idiot, le spectacle le plus réussi de Zholdak, qui parle d’une manière artistique et cohérente de la violence de nos jours, et pas seulement de celle de l’époque communiste. À présent, ce qui est important dans le théâtre, c’est soit la vérité extrême, comme on l’a vu dans ce spectacle, soit l’artifice extrême, tel qu’il apparaît dans Faust. La voie de milieu n’est pas intéressante. Zholdak et Purcãrete sont les deux pôles du festival. Ofelia Popii, l’interprète de Méphisto, est la révélation de la scène roumaine des dernières années.

EVZ : Que signifie votre titre, La scène surveillée ?

G.B. : C’est peut-être le plus autobiographique de mes livres, mais pas d’une manière directe. J’ai été marqué par la surveillance dans la famille, dans la société. Ce souvenir demeure en moi, un peu secret. En voyant un spectacle à Paris, Britannicus de Racine, j’ai eu la sensation que je voyais sur la scène tout mon vécu, et notamment comment on peut planifier la surveillance dans un système clos. La scène surveillée envisage la surveillance sur la scène, entre les personnages, mais aussi la surveillance de la part des spectateurs, c’est un essai qui se situe entre l’esthétique et la pensée politique.

Retrouvez la fiche du livre La scène surveillée

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