Au détour d’une ruelle silencieuse, baignée par la lumière dorée d’un soleil d’hiver, une brise marine effleure les pierres millénaires du palais de Dioclétien. Pas un bruit, si ce n’est le chant d’un goéland sur les toits de tuiles rouges. Split, la vibrante cité dalmate, semble alors figée dans le temps. Loin des foules estivales, elle révèle un visage intime, presque secret. C’est dans cette atmosphère suspendue que se cachent ses plus beaux trésors.
Le palais de Dioclétien, enfin à nu
En été, il est presque impossible de marcher dans les galeries du palais sans se heurter à une marée de touristes. Mais hors saison, l’ancienne résidence de l’empereur romain se dévoile autrement.
“C’est comme si les pierres parlaient”, confie Ana, guide locale depuis 12 ans. “Quand il n’y a personne, on entend l’écho de l’histoire.”
Construit au IVe siècle, ce palais classé à l’UNESCO est bien plus qu’un monument : c’est le cœur vivant de la vieille ville. Ses souterrains vides, autrefois remplis d’échoppes et de visiteurs, deviennent un labyrinthe silencieux. Les colonnades du péristyle, baignées d’une lumière rasante, offrent des jeux d’ombres fascinants. Et au coucher du soleil, la cathédrale Saint-Domnius semble veiller sur la ville endormie.
Marjan, la colline oubliée des foules
Dominant Split à l’ouest, la colline de Marjan est souvent éclipsée par les attraits du centre-ville. Pourtant, hors saison, elle devient un havre de paix pour ceux qui cherchent le silence et la nature.
Avec ses sentiers bordés de pins et ses vues imprenables sur les îles dalmates, Marjan est un paradis pour les marcheurs. “J’y monte presque tous les matins en janvier”, raconte Luka, photographe amateur. “La lumière est incroyable, et je croise à peine deux personnes.”
Plusieurs chapelles médiévales jalonnent les sentiers, comme celle de Saint-Nicolas, blottie dans la roche. En haut, le belvédère de Telegrin offre un panorama à couper le souffle sur la mer Adriatique, souvent d’un bleu acier en hiver.
Les plages désertes, entre ciel et mer
Bacvice, Firule, Kasjuni… Ces noms évoquent des plages bondées, des rires d’enfants, des parasols colorés. Mais hors saison, elles se métamorphosent en étendues sauvages, balayées par le vent.
En hiver, la plage de Kasjuni, nichée au pied de Marjan, devient presque irréelle. “Je m’y baigne même en décembre”, sourit Ivana, une habitante de Split. “L’eau est froide, mais l’expérience est magique.”
Les galets brillent sous le soleil bas, les vagues viennent lécher le rivage dans un murmure apaisant. C’est un moment de solitude rare, où l’on peut marcher des heures sans croiser âme qui vive.
Les marchés, l’âme authentique de la ville
Le marché de Pazar, à deux pas du palais, est l’un des lieux les plus vivants de Split. En été, il déborde de touristes cherchant des souvenirs. Mais en basse saison, il reprend sa fonction première : nourrir les habitants.
“C’est là que je retrouve mes voisins, qu’on échange des recettes”, explique Marija, retraitée et fidèle du marché depuis 40 ans.
Les étals débordent de mandarines, d’olives, de fromages fumés et de poissons fraîchement pêchés. L’ambiance y est chaleureuse, presque familiale. On entend les vendeurs plaisanter, les clients marchander, les enfants courir entre les cagettes.
Juste à côté, le marché couvert de poissons, ou « Peškarija », offre un spectacle saisissant : poulpes, dorades, langoustines… Les parfums iodés et les cris des poissonniers rappellent que Split reste, avant tout, une ville de marins.
Les îles voisines, plus proches que jamais
En été, les ferries pour Hvar, Brac ou Vis sont pris d’assaut. En hiver, ils deviennent des lignes de vie pour les insulaires… et une occasion unique pour les curieux.
“Vis en janvier, c’est une autre planète”, affirme Tomislav, skipper depuis 20 ans. “On peut marcher sur les plages sans croiser personne, juste les vagues et les mouettes.”
Depuis Split, les traversées sont régulières et bon marché. Sur l’île de Brac, le village de Pučišća, célèbre pour sa pierre blanche, semble figé dans le temps. À Hvar, les ruelles de la vieille ville résonnent du seul bruit des pas.
C’est aussi le moment idéal pour parler avec les habitants, prendre le temps d’un café, écouter leurs histoires. Des instants impossibles à vivre en haute saison.
Cafés et konobas : la chaleur dans les murs
Quand le vent souffle sur le port et que la mer se couvre d’écume, rien ne vaut la chaleur d’un café dalmate. Ces établissements, appelés konobas, sont le cœur social de Split, surtout en hiver.
“On y passe des heures, à discuter, jouer aux cartes, refaire le monde”, raconte Dario, serveur dans une konoba du quartier de Veli Varoš.
Les murs en pierre, les nappes à carreaux, les plats mijotés comme le pašticada ou les calamars farcis… Tout respire l’authenticité. Hors saison, les konobas ne sont pas des décors pour touristes, mais des lieux de vie.
Certains soirs, on y entend même des klapas, ces chants polyphoniques traditionnels, résonner entre les murs. Des voix graves, profondes, qui racontent l’amour, la mer, la nostalgie.
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Split sans touristes n’est pas une ville vide : c’est une ville qui respire autrement. Une ville qui invite à ralentir, à écouter, à ressentir. Peut-être même à se perdre un peu, pour mieux se retrouver. Et si c’était là, le vrai luxe du voyage ?
L’auteur a utilisé l’intelligence artificielle pour approfondir cet article.

Originaire de Pristina, Fevza est une experte en géopolitique ayant travaillé avec plusieurs ONG internationales. Son expertise dans les relations internationales et les enjeux migratoires offre une perspective unique sur les dynamiques transfrontalières des Balkans.






J’adore l’idée de découvrir Split sans la foule. Ça donne envie de s’arrêter et d’écouter l’histoire de la ville.