Au lever du jour, un silence épais enveloppe les montagnes. Seul le bruit des pas sur les feuilles gelées trouble la quiétude du sentier. Au loin, une silhouette avance, sac sur le dos, emmitouflée dans un manteau trop grand. Il est 6h30, et pour Aleksa, 11 ans, la journée commence par une marche de deux heures pour rejoindre l’école la plus proche. Dans certains villages reculés des Balkans, apprendre reste un acte de courage.
Des kilomètres à pied pour une salle de classe
Dans les régions montagneuses de Bosnie, de Serbie ou du Monténégro, l’école est parfois un luxe géographique. Les enfants, comme Aleksa, parcourent chaque jour entre 5 et 15 kilomètres à pied, souvent seuls, parfois dans des conditions extrêmes.
« En hiver, je pars quand il fait encore nuit, avec une lampe frontale. Il neige, il fait froid, mais je dois y aller », raconte Milena, 13 ans, habitante du village de Gusinje, au Monténégro. « Si je rate un jour, je prends du retard, et je ne veux pas abandonner. »
Les bus scolaires sont rares, voire inexistants. Les routes, sinueuses et mal entretenues, rendent l’accès difficile, surtout lors des chutes de neige ou des crues. Dans certains cas, les élèves doivent traverser des rivières à gué ou grimper des pentes escarpées.
Selon un rapport de l’UNICEF de 2022, près de 12 % des enfants vivant dans les zones rurales des Balkans manquent régulièrement l’école à cause de l’isolement géographique.
Des écoles qui tiennent debout par miracle
Une fois arrivés, les élèves découvrent des établissements souvent vétustes. Les bâtiments datent parfois de l’époque yougoslave, avec des fenêtres cassées, un chauffage défaillant et du matériel pédagogique obsolète.
« Notre école n’a pas été rénovée depuis plus de 30 ans », explique Jelena, institutrice dans un petit village de l’est de la Serbie. « L’hiver, on garde nos manteaux en classe. On a deux ordinateurs pour toute l’école, et Internet coupe dès qu’il pleut. »
Dans certaines écoles, il n’y a qu’un seul enseignant pour plusieurs niveaux. Il doit jongler entre les matières, les âges et les besoins, souvent sans soutien administratif.
« Je fais classe à 7 enfants, de la première à la cinquième année. Je prépare trois cours différents pour une même heure », confie Damir, enseignant dans les montagnes de Bosnie. « Mais je ne me plains pas. Chaque enfant ici mérite une chance. »
Une communauté qui résiste
Malgré les obstacles, l’école reste un pilier pour ces villages isolés. Elle est souvent le seul lieu de rassemblement, le cœur battant de la communauté.
« Quand l’école ferme, c’est tout le village qui meurt », affirme Dragica, une grand-mère de 72 ans vivant à proximité de la frontière albanaise. « Les jeunes partent en ville, les maisons se vident, et il ne reste que le silence. »
Certaines familles s’organisent pour assurer la survie de leur école. Elles offrent du bois pour le chauffage, réparent les toitures, ou organisent des collectes pour acheter des fournitures.
En 2021, dans un hameau du sud de la Serbie, les habitants ont lancé une campagne sur les réseaux sociaux pour sauver leur école menacée de fermeture. En quelques semaines, ils ont récolté 8 000 euros, assez pour réparer les sanitaires et acheter du matériel numérique.
L’éducation comme espoir d’un avenir différent
Pour beaucoup d’enfants, l’école représente bien plus qu’un lieu d’apprentissage : c’est une porte vers un autre monde. Apprendre, c’est espérer.
« Je veux devenir médecin », confie Aleksa, les yeux brillants. « Je veux revenir ici plus tard, aider les gens de mon village. Il n’y a pas de docteur ici. »
Les enseignants jouent souvent un rôle déterminant dans cette projection vers l’avenir. Ils deviennent mentors, confidents, parfois même parents de substitution.
« Je sais que mes élèves ne resteront pas tous ici », dit Jelena. « Mais s’ils partent avec des rêves et des outils pour les réaliser, alors j’ai fait mon travail. »
Selon une étude menée par l’Université de Sarajevo, les enfants issus de zones rurales qui poursuivent leurs études secondaires ont 60 % plus de chances d’obtenir un emploi stable en ville.
Les promesses politiques et la réalité du terrain
Les gouvernements des Balkans ont souvent promis d’améliorer l’accès à l’éducation dans les zones reculées. Des plans de rénovation, de modernisation ou de transport scolaire ont été annoncés… mais rarement concrétisés.
« On entend parler de projets, mais sur le terrain, rien ne change », déplore Damir. « Les écoles ferment, les villages se vident, et les enfants doivent partir loin pour étudier. »
En 2023, la fermeture de 47 écoles rurales en Croatie a suscité une vague d’indignation. Les autorités ont invoqué des raisons budgétaires et une baisse de la population scolaire. Mais pour les habitants, c’est un abandon.
« On nous dit que c’est plus efficace de regrouper les élèves en ville », explique Dragica. « Mais qui pense au trajet, au danger, à la solitude de ces enfants ? »
Quand la technologie tente de raccourcir les distances
Face à l’isolement, certaines initiatives cherchent à utiliser la technologie pour maintenir le lien éducatif. Des programmes pilotes de cours à distance ont vu le jour, avec des tablettes connectées via satellite.
« Pendant la pandémie, on a découvert que même dans les montagnes, on pouvait apprendre à distance », raconte Jelena. « Mais il faut du matériel, une connexion stable, et surtout un accompagnement. »
Des ONG locales, comme Education for All Balkans, distribuent des kits numériques dans les villages les plus isolés. En 2022, plus de 1 500 enfants ont reçu une tablette et une formation à l’apprentissage en ligne.
Mais ces solutions restent ponctuelles, souvent dépendantes de financements extérieurs. Et elles ne remplacent pas la chaleur d’une salle de classe, ni la présence d’un enseignant.
« Rien ne vaut un vrai regard, un mot d’encouragement, une main posée sur l’épaule », dit Damir. « L’école, c’est aussi de l’humanité. »
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Au bout du sentier, chaque matin, des enfants marchent vers leur avenir. Leur détermination, silencieuse et tenace, soulève une question troublante : dans un monde connecté, comment peut-on encore laisser l’éducation si loin de ceux qui en ont le plus besoin ?
L’auteur a utilisé l’intelligence artificielle pour approfondir cet article.

Originaire de Pristina, Fevza est une experte en géopolitique ayant travaillé avec plusieurs ONG internationales. Son expertise dans les relations internationales et les enjeux migratoires offre une perspective unique sur les dynamiques transfrontalières des Balkans.





C’est fou de penser qu’un simple trajet peut être un combat pour l’éducation. Est-ce vraiment ça la normalité ?
Fevza, votre article met en lumière une réalité troublante. L’éducation devrait être accessible à tous, peu importe où l’on vit. Bravo pour ce travail.
C’est choquant de voir ces enfants marcher si loin pour aller à l’école. On dirait qu’on les oublie complètement. Où est la justice?
Fevza, cet article souligne avec brio la ténacité des enfants face à l’adversité. Leur courage est une source d’inspiration pour nous tous.
C’est dingue comme ces gamins se battent pour apprendre. Leur courage m’inspire vraiment. L’éducation, c’est la clé d’un avenir meilleur, pas vrai ?
C’est beau de voir des enfants si courageux. Chaque pas est un pas vers leur rêve. Ne lâchez jamais !