Une brume légère s’élève au-dessus du Danube, caressant les toits rouges d’une ville que peu de voyageurs prennent le temps de découvrir. À Novi Sad, en Serbie, le passé murmure à chaque coin de rue, tandis que le présent danse au rythme des festivals, des verres de vin et des conversations animées sur les terrasses. C’est une ville qui ne se donne pas tout de suite, mais qui sait récompenser ceux qui prennent le temps de l’écouter.
Une ville entre deux mondes
Novi Sad n’est ni tout à fait orientale ni complètement occidentale. Située au nord de la Serbie, dans la région autonome de Voïvodine, elle a longtemps été un carrefour d’influences austro-hongroises, ottomanes et slaves.
« C’est une ville qui a toujours vécu entre les cultures, et c’est ce qui fait sa richesse », explique Jelena, guide locale depuis dix ans. « Ici, on parle plusieurs langues, on mange des plats inspirés de toute l’Europe centrale, et on vit ensemble dans une sorte de paix silencieuse. »
Fondée au XVIIe siècle, Novi Sad a grandi dans l’ombre de la forteresse de Petrovaradin, surnommée le « Gibraltar du Danube ». Elle fut un bastion militaire, un centre intellectuel, puis un foyer de résistance culturelle sous l’Empire austro-hongrois. Aujourd’hui, elle est la deuxième ville de Serbie, mais conserve une atmosphère paisible, presque confidentielle.
Le cœur battant de la Voïvodine
La Voïvodine est une mosaïque. Cette région plate et fertile compte plus de 20 groupes ethniques différents : Serbes, Hongrois, Slovaques, Croates, Roumains, Roms, Ruthènes… Tous coexistent dans un patchwork culturel unique en Europe.
À Novi Sad, cette diversité se ressent dans l’architecture – entre églises orthodoxes, synagogues et bâtiments baroques – mais aussi dans les rues. Il n’est pas rare d’entendre plusieurs langues dans un même café.
« On vit ensemble depuis des siècles. On a nos différences, mais on partage la même terre, les mêmes récoltes, les mêmes vendanges », raconte András, vigneron hongrois installé à Sremski Karlovci, à quelques kilomètres de la ville.
Cette tolérance tranquille, presque invisible, donne à Novi Sad une douceur rare. C’est une ville qui ne crie pas, mais qui chuchote des histoires anciennes à qui veut bien les entendre.
Petrovaradin : la forteresse qui veille
Dominant la ville depuis la rive droite du Danube, la forteresse de Petrovaradin est bien plus qu’un monument. Construite par les Habsbourg au XVIIIe siècle pour contrer les Ottomans, elle abrite aujourd’hui des galeries d’art, des ateliers d’artisans, des cafés secrets… et un labyrinthe de tunnels souterrains long de 16 kilomètres.
« Il y a des endroits ici où le temps s’est arrêté », murmure Darko, un artiste qui y a installé son atelier dans une ancienne casemate. « Parfois, la pierre elle-même semble vous parler. »
Chaque été, la forteresse devient le théâtre du festival EXIT, l’un des plus grands événements musicaux d’Europe de l’Est. En 2023, il a attiré plus de 200 000 visiteurs venus de 90 pays. Un contraste saisissant entre l’histoire figée des murs et la jeunesse vibrante qui les envahit.
Les vins secrets de Sremski Karlovci
À seulement 10 kilomètres de Novi Sad, le petit village baroque de Sremski Karlovci semble sorti d’un conte. C’est ici que l’on produit certains des vins les plus méconnus d’Europe, dans des caves centenaires creusées dans la colline.
Le bermet est sans doute le plus mystérieux. Ce vin doux, aromatisé avec des herbes et des épices, était servi à la cour des Habsbourg et aurait même figuré sur la carte du Titanic.
« La recette est secrète, transmise dans ma famille depuis cinq générations », sourit Milica, vigneronne de 32 ans. « On y met de la cannelle, de la muscade, de la lavande… mais je ne peux pas tout vous dire. »
Les dégustations se font dans des caves fraîches, à la lumière des bougies, accompagnées de fromages locaux et de pain fait maison. Un moment suspendu, hors du temps.
Une scène culturelle en pleine effervescence
Novi Sad a été désignée Capitale européenne de la culture en 2022. Une reconnaissance tardive, mais méritée, pour une ville qui a toujours été un foyer artistique.
Le Théâtre national, fondé en 1861, continue de proposer des pièces en serbe, hongrois et slovaque. Les musées, comme la Galerie Matica Srpska ou le Musée de la Voïvodine, racontent l’histoire complexe de la région à travers des œuvres poignantes.
Mais c’est surtout dans les rues que l’art s’exprime aujourd’hui. Des fresques colorées recouvrent les murs décrépis, des concerts improvisés surgissent dans les cours intérieures, et les cafés littéraires se multiplient.
« Il y a une énergie nouvelle ici, une envie de créer, de raconter nos histoires sans filtre », confie Stefan, poète et éditeur indépendant. « On n’attend plus l’approbation de Belgrade. On existe par nous-mêmes. »
Un art de vivre discret mais profond
À Novi Sad, les plaisirs sont simples mais sincères. Un café fort sur la place de la Liberté, un burek croustillant acheté au coin d’une rue, une balade au bord du Danube au coucher du soleil…
Les marchés regorgent de fruits mûrs, de miel artisanal, de fromages fumés. Les restaurants servent des plats généreux : sarma (chou farci), ćevapi (petites saucisses grillées), goulash épicé. Et toujours, un verre de rakija pour accompagner les confidences.
« Ici, on prend le temps. On parle, on rit, on se souvient », dit Ana, propriétaire d’une petite pension dans le quartier de Podbara. « Ce n’est pas une ville pour les touristes pressés. C’est une ville pour ceux qui veulent ressentir. »
Et peut-être est-ce cela, le secret de Novi Sad. Une ville qui ne cherche pas à briller, mais qui éclaire doucement ceux qui s’y attardent.
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Et si le vrai luxe du voyage était là, dans ces lieux discrets qui ne demandent rien, mais offrent tout à ceux qui savent regarder ?
L’auteur a utilisé l’intelligence artificielle pour approfondir cet article.

Originaire de Pristina, Fevza est une experte en géopolitique ayant travaillé avec plusieurs ONG internationales. Son expertise dans les relations internationales et les enjeux migratoires offre une perspective unique sur les dynamiques transfrontalières des Balkans.






Novi Sad apparaît comme un trésor caché, riche en histoire et en diversité. C’est un endroit qui mérite d’être découvert sans hâte.
Novi Sad, c’est un peu comme un bon café : on prend son temps pour l’apprécier. Qui a besoin de destinations touristiques classiques, vraiment ?
Cet article sur Novi Sad est captivant ! La richesse culturelle et la douceur de vivre décrites donnent envie d’explorer cette ville hors des sentiers battus.