Ce tunnel ferroviaire abandonné en Croatie est devenu un lieu d’art urbain

Ce tunnel ferroviaire abandonné en Croatie est devenu un lieu d’art urbain

Il faut marcher quelques minutes à travers les herbes hautes et les pierres disjointes pour l’apercevoir. Une grande bouche sombre, creusée dans la montagne, s’ouvre comme une cicatrice oubliée. Ce tunnel, vestige d’une ligne de chemin de fer désaffectée en Croatie, ne laisse rien deviner de ce qu’il cache. Pourtant, derrière ses murs humides et silencieux, un univers inattendu a pris vie : celui de l’art urbain.

Une voie ferrée vers l’oubli

Le tunnel de Škrljevo, situé à une quinzaine de kilomètres de Rijeka, n’est plus traversé par aucun train depuis plus de 30 ans. Construit au début du XXe siècle sous l’Empire austro-hongrois, il faisait partie d’un réseau stratégique reliant l’intérieur du pays au littoral adriatique.

Mais la guerre, les changements politiques, et l’évolution des infrastructures ont eu raison de cette ligne. En 1991, au moment de l’indépendance de la Croatie, le dernier convoi a traversé le tunnel. Depuis, la nature a lentement repris ses droits.

“On l’appelait le tunnel fantôme”, raconte Marko, un habitant du village voisin. “Personne n’osait s’en approcher. C’était sombre, humide, et plein de rumeurs.”

Une renaissance inattendue

Tout a changé en 2017, lorsqu’un groupe d’artistes de Zagreb, passionnés par les lieux abandonnés, est tombé sur le tunnel par hasard. L’idée a germé immédiatement : transformer ce couloir de béton froid en galerie d’art libre.

“C’était comme une toile vierge, mais en trois dimensions”, se souvient Lana Petrovic, graffeuse et cofondatrice du collectif Urbanika. “On a commencé à peindre une nuit d’été, juste à la lumière de nos lampes frontales.”

Peu à peu, les murs se sont couverts de fresques colorées, de messages cryptiques, de portraits géants et de formes abstraites. Chaque artiste venu poser sa marque laissait une trace, comme un écho dans ce lieu silencieux.

Aujourd’hui, le tunnel mesure 312 mètres de long, et presque chaque centimètre carré est recouvert de peinture. On y trouve des œuvres inspirées du folklore croate, des motifs psychédéliques, des hommages aux victimes de guerre ou encore des slogans politiques.

Une cathédrale souterraine

L’atmosphère à l’intérieur du tunnel est saisissante. L’humidité perle sur les parois, l’écho déforme les pas, et la lumière naturelle ne pénètre que par les deux extrémités. En été, la température chute brutalement en y entrant, comme si l’on pénétrait dans une autre dimension.

“C’est comme une cathédrale souterraine”, décrit Ana, une touriste slovène venue exprès pour visiter le lieu. “On se sent minuscule, mais aussi étrangement libre.”

Certains visiteurs parlent même d’une sorte de “temple païen” de la création. D’autres y voient un sanctuaire de résistance, un espace où l’art s’affranchit des musées et des galeries.

Le tunnel est désormais connu sous le nom de “Galerija Podzemlje” — la Galerie Souterraine.

Un lieu vivant, mais fragile

Malgré son isolement, le tunnel attire aujourd’hui des curieux venus de toute l’Europe. Des photographes, des vidéastes, des influenceurs, mais aussi des passionnés d’urbex ou des amateurs d’art alternatif.

“C’est un musée sans billet, sans gardien, sans horaire”, plaisante Ivan, un graffeur originaire de Split. “Mais c’est aussi un lieu fragile. Il suffit d’un tag mal placé ou d’un feu de camp pour tout abîmer.”

Le collectif Urbanika organise désormais des visites guidées informelles, pour sensibiliser les visiteurs au respect du lieu. Ils ont aussi installé des panneaux discrets à l’entrée, expliquant l’histoire du tunnel et les règles à suivre.

Mais le site reste sans protection officielle. Aucune barrière, aucun éclairage, aucun entretien. Ce qui en fait à la fois sa force et sa faiblesse.

Entre mémoire et création

Ce tunnel n’est pas qu’un support artistique. Il est aussi un témoin muet d’un siècle de bouleversements. Les rails rouillés, encore visibles par endroits, racontent une époque révolue. Les graffitis récents dialoguent avec les marques anciennes, comme des strates de mémoire superposées.

“C’est comme si le passé et le présent cohabitaient ici”, explique Luka, historien de l’art à l’université de Rijeka. “L’art urbain n’efface pas l’histoire, il la réactive.”

Certains artistes ont même intégré des éléments du tunnel dans leurs œuvres : un ancien panneau de signalisation devient un cadre, une fissure devient une ligne directrice, une infiltration d’eau se transforme en motif.

Il en résulte une impression étrange, presque magique : celle d’un lieu qui respire, qui évolue, qui absorbe le temps.

L’avenir d’un lieu hors du temps

Que deviendra ce tunnel dans dix ans ? Sera-t-il préservé ? Restauré ? Oublié à nouveau ? Personne ne le sait vraiment.

Des discussions ont été entamées au niveau local pour inscrire le tunnel comme “patrimoine culturel alternatif”, mais le processus est long et incertain. En attendant, les artistes continuent de venir, souvent la nuit, armés de sprays, de pinceaux et de silence.

“On ne veut pas en faire une attraction touristique”, insiste Lana. “Ce lieu doit rester libre. C’est sa nature.”

Et peut-être est-ce justement cela qui rend ce tunnel si fascinant : il n’appartient à personne, et pourtant il parle à tous. Il n’a pas de voix, mais il raconte mille histoires. Il est vide, et pourtant plein de vie.

Alors, la prochaine fois que vous marcherez près d’une voie ferrée abandonnée, regardez bien autour de vous. Peut-être qu’un autre tunnel comme celui-ci vous attend, quelque part, dans l’ombre.

Il est des lieux que l’on ne visite pas. On les découvre, on les ressent, on les écoute. Et parfois, ils nous transforment.

L’auteur a utilisé l’intelligence artificielle pour approfondir cet article.

7 commentaires sur “Ce tunnel ferroviaire abandonné en Croatie est devenu un lieu d’art urbain

  1. Ce tunnel est plus qu’un simple espace, c’est un symbole de résilience et de créativité. L’art peut vraiment retransformer des lieux oubliés.

  2. Ce tunnel, c’est comme un voyage dans le temps ! Qui aurait cru qu’un endroit abandonné pouvait devenir un chef-d’œuvre vivant ? Fascinant !

  3. Fevza, cet article sur le tunnel de Škrljevo est captivant ! L’art urbain y donne une nouvelle vie et une belle mémoire.

  4. Ce tunnel, malgré son potentiel artistique, reste trop fragile. J’espère qu’on ne va pas le laisser tomber à nouveau dans l’oubli.

  5. Fevza, votre article m’a profondément touché. Le tunnel de Škrljevo allie art et histoire d’une façon fascinante. Merci de partager cette belle découverte.

  6. Ce tunnel est une vraie pépite ! J’adore l’idée de transformer un lieu abandonné en espace d’art vivant. Ça fait tellement de bien à l’âme.

  7. Ce tunnel est une vraie trouvaille. On sent l’art et l’histoire vibrer ensemble. Chaque coup de pinceau raconte une histoire. Bravo aux artistes !

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