Un berger, un chien, trois saisons : récit d’une vie au rythme des montagnes bosniennes

Un berger, un chien, trois saisons : récit d’une vie au rythme des montagnes bosniennes

Au lever du jour, la brume s’accroche encore aux crêtes des montagnes bosniennes. Un sifflement fend le silence. Dans l’ombre des sapins, une silhouette avance, suivie d’un chien au regard perçant. C’est le début d’une longue journée pour Emir, berger solitaire dans les hauteurs des Alpes dinariques. Trois saisons, des milliers de pas, et une seule certitude : ici, le temps ne se compte pas en heures, mais en bêtes, en vents et en silences.

Un monde suspendu entre ciel et pierre

À 1300 mètres d’altitude, les pâturages de la région de Zelengora semblent hors du temps. Les routes goudronnées s’arrêtent bien avant, et seuls les sentiers muletiers permettent d’atteindre les estives. C’est là qu’Emir Hasanović, 54 ans, passe neuf mois de l’année.

« Ici, on vit comme il y a cent ans. Pas d’électricité, pas de réseau, juste moi, mon chien et mes brebis », dit-il en caressant la tête de Vuk, son fidèle sarplaninac.

Chaque année, dès la fonte des neiges en mai, il quitte son village natal pour retrouver les hauteurs. Il y reste jusqu’à la fin de l’automne, avant que les premières neiges ne le forcent à redescendre. Ce rythme immuable est le sien depuis plus de trente ans.

Dans cette solitude choisie, Emir trouve une forme de paix. « Là-haut, je suis libre. J’écoute les arbres, je parle aux pierres. »

Le chien, gardien des ombres

Vuk, son chien de montagne, est bien plus qu’un compagnon. Il est les yeux, les oreilles et parfois les dents d’Emir. Dans ces forêts où rôdent encore les loups et les ours, un berger n’est jamais vraiment seul.

« Une nuit, en juillet, j’ai entendu les brebis s’agiter. Vuk s’est dressé, a grogné, puis s’est élancé dans l’obscurité. Il a tenu un ours à distance jusqu’à l’aube. Sans lui, j’aurais tout perdu », raconte Emir, les yeux plissés par le souvenir.

Les attaques de prédateurs sont rares, mais redoutées. En 2022, six troupeaux ont été décimés dans la région. Les autorités locales offrent des compensations, mais elles n’effacent ni la peur, ni la perte.

Vuk, dressé dès ses six mois, connaît chaque recoin du pâturage. Il sent le danger avant même qu’il ne se montre. Emir le nourrit à la main, lui parle comme à un frère. « Il comprend tout, même quand je me tais. »

Trois saisons, trois visages de la montagne

Le printemps est une renaissance. Les crocus percent la neige, les brebis mettent bas. C’est la saison de la vigilance, des soins constants, des nuits courtes.

L’été, la montagne s’ouvre. Les herbes sont hautes, les journées longues. Emir monte plus haut, vers les plateaux du Durmitor. Il y installe un abri de fortune, fait de pierres sèches et de toile cirée. La chaleur attire aussi les serpents, et les orages peuvent éclater sans prévenir.

« En août, j’ai vu la foudre tomber à dix mètres de moi. Le ciel était violet, les brebis ont fui. J’ai cru que c’était la fin », murmure-t-il.

L’automne est la saison des adieux. Les jours raccourcissent, le froid mord les doigts. Emir commence à redescendre, lentement, avec ses bêtes. Il vend une partie du troupeau, garde les plus jeunes pour l’année suivante. C’est aussi le moment de retrouver les siens, au village.

Une tradition en voie d’extinction

Dans les années 1980, on comptait plus de 3 000 bergers transhumants en Bosnie-Herzégovine. Aujourd’hui, ils sont moins de 400. La modernisation, l’exode rural, et l’absence de relève condamnent peu à peu cette tradition millénaire.

« Mon fils est parti à Sarajevo. Il travaille dans une entreprise de télécoms. Il dit que la montagne, c’est trop dur. Je ne lui en veux pas », confie Emir, sans amertume.

Le métier de berger ne s’apprend plus. Il se vit, se transmet par le geste, l’observation, la patience. Les jeunes préfèrent les écrans aux sommets, les salaires stables à l’incertitude des saisons.

Pourtant, certains tentent de préserver ce savoir. Des associations locales organisent des stages, des documentaires, des rencontres. Mais le temps presse.

Le silence comme compagnon

Vivre seul, jour après jour, forge un autre rapport au monde. Emir ne parle à personne pendant des semaines. Il lit parfois, écrit dans un vieux carnet, écoute le vent.

« Le silence, c’est comme un miroir. Parfois, il te montre des choses que tu ne veux pas voir », dit-il en souriant.

Cette solitude, il ne la craint pas. Elle lui offre une clarté que le tumulte du monde moderne ne permet plus. Il connaît le nom de chaque sommet, le goût de chaque herbe, le cri de chaque oiseau.

« Je suis devenu une partie de cette montagne. Si je pars, elle me manquera plus que les hommes. »

Une vie en équilibre

Chaque jour, Emir refait les mêmes gestes. Il compte ses brebis, nettoie la source, inspecte les sabots, prépare un feu. Rien de spectaculaire, mais tout est essentiel.

Il vit avec moins de 300 euros par mois. Il vend du fromage, un peu de laine. Il n’a pas de dettes, pas de factures, pas de patron.

« Ce n’est pas une vie facile, mais c’est une vie vraie », résume-t-il.

Et pourtant, il sait que ce mode de vie est fragile. Un accident, une maladie, un hiver trop rude, et tout peut basculer. Il n’a pas de plan B. Seulement la confiance que la montagne le portera encore un peu.

Alors que le froid s’installe et que les premières neiges blanchissent les cimes, Emir prépare son départ. Il redescendra bientôt, avec Vuk, vers la vallée. Mais déjà, il pense au printemps prochain.

Et si un jour, plus personne ne montait ? Que deviendrait cette montagne sans ses bergers ?

Il n’y aurait plus de sifflements à l’aube. Seulement le silence.

L’auteur a utilisé l’intelligence artificielle pour approfondir cet article.

4 commentaires sur “Un berger, un chien, trois saisons : récit d’une vie au rythme des montagnes bosniennes

  1. C’est touchant de voir comment la vie simple et le lien avec la nature façonnent une existence. Emir et Vuk incarnent la véritable essence de la résilience.

  2. Un berger, un chien et des montagnes. Ça sent la liberté. Au lieu des réseaux sociaux, pourquoi ne pas escalader une crête ?

  3. Fevza, cet article sur Emir et son mode de vie est fascinant. C’est un rappel poignant de la simplicité et de l’importance des traditions face à la modernité.

  4. C’est beau et triste à la fois, mais franchement, qui a envie de vivre comme ça? C’est pas fait pour la majorité d’entre nous.

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